Du miel au saké, une belle aventure

Citons un bel exemple qui a commencé avec Ginpachi pour donner un nouveau produit : le rucher situé sur le terrain de la résidence du Premier ministre à Tokyo. À l’époque du gouvernement d’Abe Shinzô, le projet Ginpachi a aidé l’épouse du Premier ministre à installer ce rucher. Et le jardin entourant le rucher a été lui aussi planté avec un type de colza provenant de la préfecture de Fukushima. De fil en aiguille, ce jardin a mené également à la production d’un saké appelé « Gohyakuman-goku », lequel a été transformé dans une brasserie de la préfecture de Yamaguchi, d’où est originaire la famille de l’ancien Premier ministre Abe Shinzô, pour donner un saké typique de la préfecture de Fukushima.

Les membres du Chôshû Tomo no Kai (en français « Association des amis de Chôshû », ancien nom de la région où se trouve la préfecture de Yamaguchi) se sont d’eux-mêmes rendus à Fukushima pour planter et récolter le riz utilisé pour produire le saké. Ce projet a permis de soutenir la région sinistrée de Fukushima avec la naissance d’un nouveau saké de type junmai ginjô (fabriqué uniquement avec du riz, du ferment kôji, du riz malté en guise d’amorce, et de l’eau ; sans ajout d’alcool). Ainsi le saké Sei-ippai, qui signifie « un coup de force » a vu le jour pour coïncider avec le 150e anniversaire de la Restauration de Meiji.

Différents alcools produits par Ginpachi. Seiippai (deuxième bouteille à partir de la gauche) et Ginza Imojin (deuxième à partir de la droite), un shôchû produit à partir de patate douce distillée.
Différents sakés produits par Ginpachi. Sei-ippai (deuxième bouteille à partir de la gauche) et Ginza Imojin (deuxième à partir de la droite), une boisson produite à partir de patate douce distillée.

Le processus de végétalisation a fait d’une pierre deux coups ; les prix des terrains étant relativement élevés dans l’arrondissement Chûô, où se trouve Ginza, il s’est avéré plus économique de reverdir les toits et les façades plutôt que de construire de nouveaux parcs ex-nihilo. Si les toits de nombreux immeubles de Ginza ont été verdis, la pelouse qu’on y trouve est souvent peu ou pas entretenue. Là aussi, Ginpachi avait la solution clé en main pour remédier à ce problème : la patate douce satsuma, une plante résistante et facile à cultiver. Ginpachi a même mis à disposition une sorte de kit prêt à l’emploi, allant jusqu’à fournir jardinières, terreau et plants de satsuma aux entreprises et organisations bénévoles désireuses de contribuer au projet. Et ça marche ; les patates récoltées sont envoyées à une brasserie de saké à Buzen, dans la préfecture de Fukuoka, pour être transformées en une boisson vendue sous le label Ginza Imojin.

Comme en témoignent de nombreux exemples mentionnés ci-dessus, parti de la production d’un simple miel, Ginpachi étend son activité à de nombreux autres domaines.

« Ginza est une communauté locale, et comme dans toute communauté, voir que des produits locaux sont fabriqués pour une consommation locale fait germer tout un tas de nouvelles idées. Pour qu’un produit soit apprécié, il suffit parfois de lui donner un nouveau visage, une nouvelle forme et un nouveau design. Et si ce produit se retrouve sur les étalages des grands magasins de Ginza, il attire naturellement beaucoup d’attention, créant un cercle vertueux et dynamisant à son tour la communauté locale », explique Tanaka Atsuo.

Et le succès de Ginpachi a fait des émules ! Plus de 100 entreprises et organisations de tout l’Archipel ont souhaité franchir le pas et s’essayer à l’apiculture urbaine. Dans la préfecture de Shimane, à l’aéroport Hagi Iwami, une cinquantaine de ruches ont été installées le long de la piste. Résultat : pas moins de 700 kilogrammes de miel par an. Des entreprises locales participent à cette belle aventure et utilisent le miel pour la fabrication de nouveaux produits. Dans la préfecture d’Aichi, les élèves du lycée commercial d’Aichi proposent à la vente un miel obtenu auprès de producteurs du Tôhoku (région du nord-est) durement touchés par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, sous forme de glaces aux fruits et au miel. Une partie des recettes est reversée au Fonds pour l’avenir des enfants (Kodomo Mirai Kikin).

Réaliser le rêve du défunt professeur Nakamura Tetsu en Afghanistan

L’intérêt pour le Paper and Pulp Building ne s’arrête pas aux frontières de l’Archipel et attire des visiteurs étrangers désireux, eux aussi, d’en savoir plus sur cette apiculture pas comme les autres. Il y a deux ans, Tanaka Atsuo a invité le médecin Nakamura Tetsu pour parler de son travail lors d’un événement organisé au Paper and Pulp Building. Célèbre pour son dévouement envers le Pakistan et l’Afghanistan, c’est notamment grâce à Nakamura Tetsu que des hôpitaux et des canaux d’irrigation ont vu le jour dans ces deux pays. Profitant de l’événement, le professeur a fait part de son intérêt pour les activités de Ginpachi. Souhaitant lui-même élargir ses activités, il a sollicité le soutient de Tanaka. Malheureusement, peu de temps après, Nakamura Tetsu a été assassiné en Afghanistan.

Si Nakamura Tetsu n’est plus là, son rêve lui a survécu. Sur place, les abeilles produisent du miel à partir du nectar d’agrumes cultivés dans l’est de l’Afghanistan. « Pour l’instant, la production de miel est juste suffisante pour la consommation locale, mais nous espérons qu’à l’avenir, elle sera exportée vers d’autres pays, et que les bénéfices permettront de venir en aide, au quotidien, à la population afghane. »