Quelle différence avec il y a 50 ans, quand la colère fumait ?
À 15 heures, j’arrive au parc Yogi, qui a été le théâtre de cris de colère il y a 50 ans. À l’époque, une cérémonie avait été organisée au Naha Civic Hall, à côté du parc, pour commémorer le retour d’Okinawa au Japon. Lors de la cérémonie, le gouverneur de l’époque, Yara Chôbyô, avait déclaré, à propos de la rétrocession : « Il n’en est pas moins vrai que notre vrai souhait, à tous, n’est toujours pas réalisé. »
De nombreux Okinawaïens étaient d’accord avec cela. Après la cérémonie, vers 15 heures, le Conseil de rétrocession de la préfecture d’Okinawa avait organisé un « rassemblement des citoyens de la préfecture pour la protestation du 15 mai » au parc Yogi. Environ 10 000 participants avaient exprimé leur colère face au retour d’Okinawa, avec les bases militaires américaines toujours en place.
50 ans plus tard jour pour jour, le Yogi Park était vide ou presque. Peut-on parler de « rassemblement » avec si peu de monde ? La pluie avait cessé et une brise agréable soufflait sur la place silencieuse.
« En fin de compte, l’anniversaire du retour, c’est fait pour qui ? »
Plus tard, de retour sur l’avenue Kokusai-dôri en passant par la rue commerçante Taihei-dôri et Heiwa-dôri, les gens se promènent dans la zone piétonne. Paysage dominical tout à fait habituel.
De fait, Naha toute entière passait une journée ordinaire. Des touristes admiraient les produits locaux sur la rue Ichiba-hondôri et Tsuboya Yachimun-dôri. Plus tard le soir, les locaux faisaient leurs courses au supermarché.
Un sexagénaire qui tient un magasin de musique près de l’avenue Kokusai-dôri me dit : « Pour la plupart des Okinawaïens, le jour de la rétrocession est un jour comme les autres. La jeune génération, en particulier, ils n’ont pas une conscience de la situation différente des jeunes de la métropole. »
Le chauffeur du taxi (71 ans) que j’ai pris n’a pas non plus montré d’intérêt lorsque j’ai abordé le sujet. « Vous savez qu’aujourd’hui, c’est le 50e anniversaire du retour d’Okinawa sous souverainté japonaise ? » « Ah oui ? » Il préférait me parler de ses petits-enfants...
Honnêtement, je pensais que le jour du 50e anniversaire était une journée historique, qu’il y aurait beaucoup d’événements rappelant la commémoration de ce jour à Naha même, que quelque part tout serait plus fébrile que les autres jours. Finalement, tout cela n’était que dans ma tête.
Certes, je n’aurais pas pu observer certaines scènes un autre jour. Mais peu nombreuses, et limitées en nombre, en taille et en portée, et de nombreux habitants de la ville, pour ne pas parler de la préfecture entière, n’avaient pas grande conscience que quelque chose se déroulait.
Le tapage autour de la restitution d’Okinawa il y a 50 ans, les protestations contre ceci ou cela… La première étape ne consiste-t-elle pas à transmettre correctement l’histoire d’Okinawa à la génération suivante ? Cela me semble autrement plus important que tout le reste. Je me remémore la phrase d’un Uchinaanchu (un Okinawaïen) que j’ai rencontré dans la rue : « En fin de compte, l’anniversaire du retour, c’est fait pour qui ? »
En interrogeant les habitants d’Okinawa, c’est la question qui m’a hanté toute la journée.
(Photo de titre : l’avenue Kokusai-dôri, le paradis des piétons à Naha, un dimanche après-midi comme tous les autres. Toutes les photos sont de l’auteur)

