Il n’est plus rare de recourir à la chirurgie esthétique
L’apparence joue un rôle primordial auprès des clientes, mais cela ne signifie pas nécessairement que la barrière est haute en termes d’exigence sur le physique. Le travail est dur, rendant le recrutement difficile. Lorsqu’un hôte désigné est occupé à servir d’autres clientes, des assistants hôtes prennent le relais et s’occupent des clientes à sa place. On comprend aisément que plus il y a d’hôtes, plus il est facile de combler les vides jusqu’à ce que l’hôte désigné par la cliente revienne à la table. Le salaire de base étant peu élevé, un nombre important d’hôtes ne représente donc pas une dépense considérable pour le bar.
Par ailleurs, ces dernières années, il n’est plus rare pour ces établissements de financer des opérations de chirurgie esthétique pour leurs hôtes, qu’ils présentent comme un « projet » officiel de leurs affaires. Cette tendance est favorisée par le fait que les préjugés nourris par les clientes comme par les hôtes vis-à-vis de la chirurgie ont largement diminué. D’autres hôtes consacrent du temps au choix de leurs vêtements, à leur coiffure, veillent à ce que leurs sourcils soient épilés avec soin, se rasent de près… tout un tas de petits détails qui les différencient clairement d’un homme lambda. Avec la chirurgie esthétique, l’apparence physique n’est plus un obstacle. Par ailleurs, les bars à hôtes « ne refusent jamais personne ». La position occupée par l’hôte dépendra simplement de sa motivation. Il suffit de faire une recherche en ligne pour trouver une infinité d’annonces de recrutement d’hôtes. Mais les hommes sont plus souvent amenés à postuler après avoir entendu des histoires d’amis et de connaissances.
Dettes et conséquences
La compétition entre les hôtes est telle que ces derniers sont prêts à faire quasiment n’importe quoi, à l’intérieur du bar comme à l’extérieur, pour obtenir un avantage. Ils peuvent ainsi en dehors de leurs heures de travail envoyer des messages à des clientes, les fréquenter, dîner ou prendre un verre avec elles avant ou après le travail.
Les hôtes décident eux-mêmes du temps, de la somme d’argent et des efforts qu’ils consacrent à ces activités. Tous les moyens sont bons, tant que leurs chiffres de vente le sont aussi. Et nombre de host club sont plutôt conciliants, ferment les yeux sur ces activités, et autorisent absences et/ou retards. En résumé, un hôte doit donc susciter l’intérêt du plus grand nombre de clientes possibles et les encourager à « investir » en lui.
L’une des techniques consiste par exemple à faire des crédits, et à permettre aux clientes de boire à crédit dans le bar. Ces dernières peuvent ainsi commander du champagne sous forme de prêt auprès de l’hôte, chiffre qui s’ajoute à ceux de ses ventes, lui permettant de monter dans le classement. Parfois, les hôtes incitent activement, et peuvent même forcer les clientes à commander du champagne à crédit. Mais les clientes qui s’endettent plus qu’elles ne peuvent rembourser disparaissent souvent. Dans ce cas, c’est à l’hôte de payer la différence. Pourtant risqué, les hôtes continuent d’utiliser ce système de crédit pour améliorer leur classement.
Des changements nécessaires
Certains hôtes ne se contentent pas de faire dépenser de l’argent à leurs clientes, ils peuvent également les manipuler, jouer sur la corde sensible et leur demander de se charger de travaux louches à leur place, comme par exemple travailler dans des bordels pour rembourser leurs dettes. Ces dernières années, la prise de conscience de la problématique des bars à hôtes malveillants a permis d’apporter des améliorations à la situation. Mais rien n’a changé en ce qui concerne la solitude des clientes due au manque de communication, ni le manque de morale des hôtes qui profitent de l’affection de leurs clientes ou de leur désir d’attachement émotionnel. Même si les consommations sur facture sont interdites, les clientes peuvent trouver d’autres moyens pour financer leurs dépenses, comme le crédit à la consommation : parfois des prêts à taux d’intérêt élevé à la limite de la légalité ou des prêts usuraires illicites. Une réglementation plus stricte des bars à hôtes pourrait contribuer à, si ce n’est mettre un terme, à ces tendances, tout du moins à les freiner.
Même en cas de modification de la loi, les bars à hôtes risquent seulement de voir leur nom changer. Non, ce qu’il faut, c’est un changement profond des valeurs et des problèmes rencontrés par tout un chacun dans la société moderne. Le problème n’est pas que les femmes travaillent dans des bordels pour financer leurs visites dans les bars à hôtes, mais plutôt qu’elles soient forcées de se prostituer contre leur gré. Et pour résoudre ce problème, une simple réforme juridique ne suffira pas. Non, la résolution de ce problème ne pourra se faire que par la création d’une société plus saine.
(Photo de titre : l’entrée du quartier de Kabuki-chô, havre de nombreux bars à hôtes, à Tokyo. Pixta)
