Moins d’émissions pour réduire de 56 % l’utilisation de centrales à flamme

Avant l’accident de mars 2011, le Japon dépendait du nucléaire de l’ordre de 30 %. L’accident causa un arrêt général de l’utilisation du nucléaire de la part des fournisseurs d’électricité. Le « zéro nucléaire » se propagea dès septembre 2013 au niveau national, ce qui abaissa le pourcentage de nucléaire pour l’année 2013 à 1 %. En prenant en compte l’accroissement des coûts de combustibles d’énergies alternatives et la progression du yen faible, le résultat est que l’électricité revient 20 % plus cher au secteur industriel et 30 % plus cher aux ménages, comparé aux prix pratiqués avant l’accident.

Ce projet de mix énergétique pour 2030 étend de 20 à 22 % la part du nucléaire pour stimuler l’économie et pour contenir les émissions de gaz à effet de serre. La part d’énergies renouvelables sera doublée, les amenant à 22 à 24 % du total. En 2014, les centrales à flamme (charbon, gaz naturel, pétrole) représentaient 88 % de la production d’électricité, mais l’objectif pour 2030 est d’abaisser leur part à 56 %. Le Comité escompte que les dépenses en combustibles de centrales à flamme diminueront de 40 % d’ici là.

Le Japon doit-il prolonger la durée de vie de ses centrales nucléaires…

Le projet du gouvernement semble prometteur, mais certains experts ne manquent pas d’y faire objection. Pour eux, redémarrer des centrales nucléaires inactives pour que l’objectif de 2030 puisse être atteint ne vient pas sans danger. Il y avait 54 réacteurs opérationnels avant l’accident, mais en comprenant les 6 réacteurs de Fukushima Daiichi, 11 ont été définitivement mis hors service par la suite. L’existence de failles actives sous certaines centrales, ainsi que des équipements obsolètes mettent en danger le redémarrage d’au moins 10 réacteurs.

De plus, la nouvelle régulation sur les réacteurs nucléaires instaurée après l’accident de Fukushima limite la durée de vie des centrales à 40 ans. Si ceci est pris à la lettre, la proportion du nucléaire en 2030 diminuerait pour ne représenter que 15 % ou moins du mix énergétique. Il faudra donc que beaucoup des centrales relancées demeurent actives pendant plus de 40 ans pour atteindre les 20 % fixés par le projet. En conséquence, des exceptions à cette loi, autorisant une durée de vie des centrales de 60 ans, deviendront probablement monnaie courante.

… ou développer plus d’énergies renouvelables ?

Lors des délibérations du comité consultatif sur ce projet, les experts n’ont pas pu se mettre d’accord sur les proportions que le nucléaire et les énergies renouvelables devaient avoir dans le mix énergétique. Un des membres du comité, le professeur Kikkawa Takeo de l’Université des sciences de Tokyo, a pointé « la nécessité d’une rectification majeure du mix, en baissant la part du nucléaire à 15 % et en augmentant celle des énergies renouvelables à 30 %. »

Ce projet de mix énergétique doit être revu tous les trois ans, notamment pour pouvoir prendre en compte des éventuels imprévus comme les changements environnementaux. Cette politique énergétique, bien que conçue et délibérée par le gouvernement, n’a toujours pas réussi à faire converger les opinions divergentes des citoyens japonais.

(Photo de titre : des contrôleurs de la Commission de régulation nucléaire inspectent le réacteur de la centrale de Sendai opérée par Kyûshû Electric Power Company. Le 16 avril 2015, ville de Satsuma-Sendai, préfecture de Kagoshima. Jiji press)

(*1) ^ Englobent toutes les énergies naturelles (photovoltaïque, solaire thermique, hydroélectrique, éolienne, géothermique, houlomotrice, hydrothermique, biomasse, etc.). Ce sont par définition des énergies qui se renouvellent indéfiniment et sans jamais s'épuiser.

(*2) ^ Énergies obtenues par des ressources naturelles brutes (charbon, pétrole, gaz naturel, hydroélectrique, nucléaire, etc.) Les énergies secondaires (électricité, gaz de ville, etc.) sont obtenues par la transformation de ces énergies primaires.

(*3) ^ Source d'électricité produite de manière stable et à bas prix tout au long de l'année, de jour comme de nuit, et par tout temps (nucléaire, charbon, hydroélectrique, géothermique, etc.). La définition exacte peut néanmoins varier entre le Japon et les pays européens.