De l’imagination mise à profit pour le 7e art

Dans son travail commercial, Ninagawa Mika fusionnait son sens inné de la couleur et son imagination remarquable pour perfectionner un style qu’on pourrait appeler le « Néo-Japonesque ». Avec leurs pointes d’exotisme, ses clichés ont non seulement conquis l’Asie mais également commencé à attirer l’attention des gens en Europe et en Amérique du Nord. En 2010, la maison newyorkaise d’édition Rizzoli a publié un recueil de ses photos sous le nom de « Mika ». La voici ainsi devenue elle-même une denrée des médias, possédant un talent inhabituel pour  apprécier les tendances du moment et créer un flot intarissable d’images nouvelles à une vitesse extraordinaire.

Collection Mika.  (© mika ninagawa,  avec l'aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)
Collection Mika. (© mika ninagawa, avec l’aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)

La créativité infatigable de Ninagawa lui a donné envie de s’essayer au cinéma. En tant que réalisatrice, elle a créé toute une série de films très acclamés, y compris Sakuran (2007), Helter-Skelter (2012), Dinner (2019), et Ningen Shikkaku : Dazai Osamu to san-nin no onna-tachi (« La Déchéance d’un Homme – Osamu Dazai et trois femmes »), ce dernier étant un drame adapté du roman le plus connu de l’écrivain Dazai Osamu, aussi sorti en 2019.

La première grande rétrospective muséale de son œuvre, Chijô no Hana, Tenjô no Iro (« Les fleurs de la terre, les couleurs du ciel »), a eu lieu de novembre à décembre 2008 à la galerie d’art du Tokyo Opera City. L’exposition est ensuite partie en tournée dans des galeries à travers le Japon. Ninagawa s’est alors activement mise à présenter ses œuvres dans des musées et galeries. Ninagawa Mika : Self Image, son exposition solo au musée Hara à Tokyo, de janvier à mai 2015, a marqué un retour vers les autoportraits.

L’exposition Ninagawa Mika : Kyokō to genjitsu no aida ni (« Ninagawa Mika: entre fiction et réalité ») s’est d’abord tenue au musée d’art contemporain de Kumamoto, de juin à septembre 2018, avant de partir en tournée où elle a attiré un large public à travers le Japon.

Portrait de Ninagawa Mika, tiré de son catalogue d'exposition  (© mika ninagawa,  avec l'aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)
Ninagawa Mika, Self Image (© mika ninagawa, avec l’aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)

Retour à l’appareil jetable

Plus récemment, elle a continué à élargir et étendre ses débouchés créatifs. Un projet notoire a été l’exposition Sakura (« cerisiers ») qui a rassemblé 2 500 images de cerisiers en fleurs prises après la triple catastrophe de Fukushima. Lors de cette période, Ninagawa, comme tant d’autres, avait été très touchée par la force vitale des fleurs, dont la croissance se poursuivait malgré la dévastation et le désastre. Son œuvre comprend aussi Light of, où des images vastes et expansives saisissent l’euphorie et l’émotion des feux d’artifice, et Utsukushii Hibi (« Les beaux jours »), une série de clichés effectués à l’époque du décès de son père. Les photos ont été publiées sous forme d’un livre en 2017, et ont fait l’objet d’une exposition au Musée d’Art contemporain de Hara la même année.

Collection Sakura.  (© mika ninagawa,  avec l'aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)
Collection Sakura (© mika ninagawa, avec l’aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)
Collection Light of. (© mika ninagawa,  avec l'aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)
Collection Light of (© mika ninagawa, avec l’aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)

En juin 2020, elle a organisé une exposition pour la réouverture du Musée Parco Tokyo, à Shibuya. Pour la toute première fois, son œuvre s’adressait directement à la ville où elle était née et avait grandi, en tournant son objectif vers la ville et sa populace en pleine pandémie de coronavirus. La plupart des photos avaient été réalisées avec un appareil jetable de chez Fujifilm, « utsurun desu », un signe que cette artiste voulait absolument retourner vers ses racines et reprendre en main les outils tout simples dont elle s’était servie au début de sa carrière.

De nos jours, Ninagawa Mika est une artiste dont l’œuvre et les intérêts vont bien au delà de la photographie. En plus de son travail dans le cinéma, elle a aussi fait partie du comité organisateur des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo. Sa créativité sans bornes et sa capacité à accepter de nouveaux défis tout au long de sa carrière fera sans doute d’elle un exemple pour les jeunes femmes artistes pendant de longues années.

Collection Tokyo.  (© mika ninagawa,  avec l'aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)
Collection Tokyo (© mika ninagawa, avec l’aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)

(Photo de titre : collection Liquid Dreams © mika ninagawa, avec l’aimable autorisation de la galerie Tomio Koyama)