La question de l'histoire et la normalisation des relations diplomatiques sino-japonaises
L’établissement de relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, et la subséquente rupture des relations avec la République de Chine date de septembre 1972. Dans le processus de normalisation des relations diplomatiques entre la République populaire de Chine et le Japon, la question de la perception de l’histoire devint le sujet principal de la discussion, à égalité avec la question taïwanaise. Au terme du processus, la Chine renonça à sa demande de remboursement pour dommages de guerre, et le 29 septembre, les deux pays firent une déclaration commune par laquelle « le Japon ressent[ait] la responsabilité d’avoir causé d’importants dommages au peuple chinois, et s’en repent[tait] profondément ».
D’autre part, alors que la Chine avait longtemps condamné l’invasion japonaise, la propagande domestique dut expliquer à sa population les raisons de la normalisation sino-japonaise. Grâce à cela, le Premier ministre japonais Tanaka Kakuei reçut bon accueil à Beijing. En revanche, la question taïwanaise, celle des limites territoriales ainsi que de nombreuses autres furent repoussées à une échéance ultérieure.
Depuis la deuxième moitié des années 1970, les échanges entre le Japon et la Chine sont devenus actifs. En 1978, Deng Xiaoping se rendit au Japon et montra son intérêt à l’importation des sciences et des technologies japonaises, ainsi qu’à un prêt du Japon. Puis en décembre 1979, au cours d’une visite du Premier ministre Ôhira Masayoshi en Chine, une aide économique à la Chine fut décidée.
À ce stade, le Japon était considéré par la Chine comme le modèle de la modernisation. Cependant dans les années 1980, il faut remarquer que des signes de changement de stratégie politique se firent jour en Chine. Le rôle du parti Nationaliste (ou de Chang Kaï-chek) lors de la guerre contre le Japon fut réévalué, et cela trouva un écho dans les manuels scolaires d’histoire. Dans le même temps, la description des cruautés des Japonais pendant la guerre se fit plus insistante. Ceci eut lieu en Chine avant le déclenchement du problème des manuels scolaires en 1982.
Le problème des manuels scolaires de 1982
Le 26 juin 1982, les médias japonais se firent l’écho du remplacement du mot « invasion » par le mot « expansion » pour décrire les mouvements du Japon au nord de la Chine dans un manuel d’histoire pour les lycées (« Histoire mondiale », Jikkyo Shuppan) (Néanmoins, l’information était partiellement erronée en cela que la modification n’émanait pas du ministère de l’Éducation). Quelques semaines avant la diffusion de cette information, du 31 mai au 5 juin le Premier ministre Zhao Ziyang en visite au Japon avait engagé le développement des relations bilatérales et demandé un prêt de 91,4 milliards de yens.
En Chine, une campagne se développa autour du thème « le Japon altère les manuels d’histoire », avant que le gouvernement chinois proteste officiellement contre le Japon le 26 juin. La partie chinoise accusa le Japon « d’embellissement du militarisme » puis de « résurgence du militarisme ».
D’importantes manifestations ont également eu lieu en Corée du Sud et à Taïwan. En Corée du Sud, bien que la coopération sur le dossier de la sécurité avec le Japon soit reconnue comme nécessaire, le problème des manuels scolaires de 1982 vit la formation d’un mouvement populaire pour le réexamen de la domination coloniale du Japon au début du XXe siècle et la conservation de la mémoire. Ce mouvement s’est développé en Corée du Sud pendant toute la période de transition du régime autoritaire vers la démocratie dans les années 1980.
Tirant parti de la situation, Deng Xiaoping fit au Premier ministre Suzuki Zenkô en visite en Chine cette déclaration : « en terme de coopération économiques, nous souhaitons faire beaucoup de choses », faisant ainsi pression pour obtenir l’aide économique du Japon.
Dans une conversation du 24 novembre 1982, le ministre de l’Éducation Ogawa Heiji décrivit l’attitude du gouvernement japonais face à ce problème comme le maintien d’un « niveau de vérification des manuels scolaires » cohérent avec la « nécessité de prendre en considération la compréhension internationale et la coopération internationale de nos voisins d’Asie concernant le traitement des faits historiques de la période moderne et contemporaine ». C’est ce que l’on appelle depuis la « clause de voisinage ».
Problème des manuels scolaires de 1986
Suite à l’apparition du problème des manuels scolaires de 1982, le secrétaire général Hu Yaobang visita le Japon en novembre 1983. Le Premier ministre Nakasone Yasuhiro effectua à son tour une visite en Chine en mars 1984. Un second prêt en yens marqua l’amélioration des relations sino-japonaises. Mais elles se dégradèrent de nouveau après que le Premier ministre Nakasone Yasuhiro se soit rendu le 15 août 1985 au sanctuaire Yasukuni (qui vénère des militaires japonais comme divinité principale). Du 18 septembre (date anniversaire de l’incident de Mandchourie) jusqu’en octobre, des manifestations anti-japonaises eurent lieu en Chine. Ces manifestations ne s’élevaient pas uniquement contre la visite du Premier ministre au sanctuaire Yasukuni, mais également contre « l’invasion économique japonaise » et contre le « militarisme japonais ».
En juin 1986, le problème des manuels scolaires ressurgit. Un manuel scolaire d’histoire japonaise pour les lycées édité par « l’Assemblée du peuple pour la défense du Japon » (un groupe politique et d’opinion nationaliste) ayant passé la commission d’inspection du ministère de l’Éducation, des médias coréens dans un premier temps, le ministère chinois des Affaires Étrangères ensuite, protestèrent. En outre, le ministre de l’Éducation, Fujio Masayuki déclara que « l’annexion de la Corée [par le Japon en 1910] résultait d’un accord bi-partite, et que la responsabilité en incombait aussi bien à la Corée du Sud qu’au Japon ». Il fut conséquemment révoqué du gouvernement, le Premier ministre Nakasone annula une visite au sanctuaire Yasukuni et la situation rentra dans l’ordre. Les protestations chinoises à cette occasion n’avaient pas été aussi fortes qu’en 1982. Néanmoins, à chaque vérification des nouveaux manuels scolaires, le problème de la perception de l’histoire ressurgit, et des déclarations inopportunes d’hommes politiques produisirent de nouvelles scènes de révocation à répétition.


