Métamorphose des relations entre le Japon et la Chine
Les problèmes de manuels scolaires et de visites de ministres au sanctuaire Yasukuni dans des années 1980 se trouvèrent progressivement liés aux questions territoriales et à divers problèmes concernant le « passé ». ils devinrent graduellement les termes génériques de la question de la perception de l’histoire.
Et ceci d’autant plus que les relations entre le Japon et la Chine accusèrent une profonde métamorphose suite à l’incident de Tiananmen en 1989. Cette affaire conduisit à une détérioration du sentiment envers la Chine au Japon, complémentairement à la récession des idées progressistes au Japon suite à l’arrivée au pouvoir de la coalition du parti libéral démocrate (PLD) et du parti socialiste dans les années 1990. Ce contexte conduisit à un déclin des mouvements d’amitiés nippo-chinoises. Les expériences nucléaires et les tirs de missiles chinois firent ensuite monter le sentiment d’une menace chinoise. Le réveil de l’économie chinoise, alors que le Japon connaissait le marasme, fut également ressenti comme une menace. Les investissements japonais massifs en Chine baissèrent, déstabilisant là-bas la position de « professeur d’économie » dont jouissait jusque-là le Japon. L’équilibre « économie / histoire » s’écroula, ne laissant que « l’histoire » sur le devant de la scène.
Les années 1990 furent également la période pendant laquelle le Japon, essentiellement, essaya de « régler » positivement la question de l’histoire. Les « profonds regrets » exprimés par l’empereur pendant sa visite d’État en Chine en 1992, à l’occasion d’un dîner organisé par le Président Yang Shangkun le 23 octobre, en sont un exemple. Cette volonté du Japon atteignit son point culminant à l’occasion de la commémoration des 50 ans de la fin de la guerre en 1995. Le 9 juin, la Chambre des représentants adopta une motion de « renouvellement de l’engagement [du Japon] vers la paix, en suivant les enseignements de l’histoire ». Le 15 août, le Premier ministre Murayama Tomiichi, en utilisant clairement le mot « invasion », exprima « un profond remords et des excuses sincères » pour les pays voisins d’Asie.
Toutefois, pour la Chine, cette communication non-officielle ne constituait pas une solution au problème de la perception de l’histoire. Et la visite officielle du Premier ministre Hashimoto Ryûtarô au sanctuaire Yasukuni l’année suivante en juillet 1996 après 10 ans d’absence, ainsi que plusieurs déclarations de politiciens conservateurs pour justifier l’invasion en Asie eurent une influence certaine sur le sujet.
Au Japon, dans les années 1990, les sentiments d’une menace chinoise prirent de l’ampleur. Les critiques contre la Chine se renforcèrent parallèlement au sentiment de stagnation de l’économie japonaise. La méfiance s’installa particulièrement devant l’éducation patriotique de la jeunesse chinoise, et les manuels scolaires chinois « anti-japonais » furent souvent mis en avant. Bien que cette stratégie d’emphase de l’invasion du Japon datât de l'ère Deng Xiaoping, ses effets les plus remarquables apparurent sous le régime de Jiang Zemin.

