Naissance et croissance de l’ASEAN
Dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, les pays de l’Asie du Sud-Est ont accédé à l’indépendance les uns après les autres, mais la guerre et l’instabilité politique ont perduré du fait des litiges régionaux et des interventions extérieures. L’ASEAN a été formée en 1967 par cinq pays de la région désireux de surmonter la défiance mutuelle et de stabiliser la région. À la fin des années 1970, l’Asie du Sud-Est restait divisée entre d’un côté les cinq membres fondateurs de l’ASEAN et de l’autre les trois pays communistes constituant l’Indochine. La paix et la stabilité de la région étaient souhaitables non seulement pour celle-ci mais aussi pour d’autres pays, dont le Japon. C’est dans ce contexte que Tokyo a énoncé en 1977 la « doctrine Fukuda » (du nom de Fukuda Takeo, alors premier ministre), qui définissait sa politique à l’égard de la région et affirmait le soutien du Japon à l’ASEAN, tout en appelant à la coexistence pacifique entre celle-ci et ses voisins indochinois.
Tant que la guerre froide a duré, l’Asie du Sud-Est n’a pas connu la paix, mais à la fin des années 1990, tous les pays de la région avaient rejoint l’ASEAN et, c’est dans ce cadre qu’ils ont pu accéder à la paix et à la prospérité. (Par la suite, le Timor-Leste [Timor oriental] s’est séparé de l’Indonésie et, à la fin de l’année 2012, il n’avait pas encore adhéré à l’ASEAN.) Dès 1976, les pays qui appartenaient alors à l’ASEAN ont signé le Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud-Est, au titre duquel ils s’engageaient à résoudre pacifiquement leurs conflits mutuels. Non seulement ce traité est devenu le fondement des relations entre tous les États membres de l’Association, mais il a servi de tremplin à diverses initiatives visant à instaurer des liens étroits entre elle et d’autres pays.
L’intérêt stratégique de l’équilibre dans les relations avec les puissances extérieures
L’ASEAN s’est dotée d’une stratégie où l’équilibre dans l’engagement des grandes puissances extérieures joue un rôle crucial pour la paix et la stabilité de l’Asie du Sud-Est. Emblématique de cette position est le Forum régional de l’ASEAN (ARF), une tribune de discussion des questions touchant à la politique et à la sécurité dans la région Asie-Pacifique. Peu après la fin de la guerre froide, les ministres des Affaires étrangères de pays aux rangs desquels figuraient le Japon, les États-Unis, la Chine et la Russie ont commencé à participer à ce forum, qui prit l’habitude de se réunir tous les ans. Plus de vingt pays l’ont désormais rejoint. Mais la mise en place, à partir de l’ARF, du cadre sécuritaire en Asie-Pacifique que souhaitait l’ASEAN n’a guère progressé. Dans le même temps, l’ASEAN elle-même s’est donné pour objectif de mettre sur pied une Communauté politico-sécuritaire régionale intégrée dans la communauté de l’ASEAN qu’elle se propose d’édifier, et elle a instauré des rencontres régulières des ministres de la Défense des pays de l’ASEAN (ADMM), qui viennent s’ajouter aux AMM réunissant depuis un certain temps les ministres des Affaires étrangères. Outre cela, l’Association a invité en 2009 les ministres de la Défense de huit pays clés extérieurs à la région — le Japon, la Chine, la Corée du Sud, les États-Unis, la Russie, l’Australie, le Nouvelle-Zélande et l’Inde — à prendre part à une rencontre « ADMM plus » et, en 2011, les États-Unis et la Russie ont participé au Sommet de l’Asie de l’Est (EAS, instauré en 2005), si bien que la liste des pays participants à cette instance est désormais la même que celle des ADMM plus, autrement dit ASEAN + 8.

À l’heure même où ce réseau de vastes accords régionaux centrés sur l’ASEAN est en train de prendre forme, les problèmes de souveraineté en mer de Chine méridionale sont la source de conflits de plus en plus sérieux. Au sein de l’ASEAN, les préoccupations suscitées par l’intérêt que la Chine manifeste pour cette mer se sont aggravées à partir du début des années 1990 et l’Association s’est prononcée en faveur d’une résolution pacifique des conflits entre la Chine et les membres de l’ASEAN présents en mer de Chine méridionale, fondée sur un code de conduite liant les parties. L’ASEAN et la Chine sont bien parvenues à un certains nombres d’accords, mais aucun progrès n’a été accompli en ce qui concerne la mise en place de ce code. La présence maritime de la Chine s’est renforcée, et avec elle la reconnaissance de l’importance géostratégique de l’Asie du Sud-Est. Cette importance, à l’évidence, tient au fait que cette région englobe la mer de Chine méridionale et les eaux où l’océan Indien et le Pacifique se rejoignent. Si la résolution des problèmes en mer de Chine méridionale n’arrive pas à progresser via un dispositif ASEAN + 1 (des négociations entre l’ASEAN et la Chine), les membres de l’ASEAN vont probablement avoir recours à une approche plus multilatérale, dans le cadre par exemple des formules ASEAN + 8 qu’offrent l’EAS et les ADMM.
