Minami-Sanriku : une petite lueur
Partant d’Ishinomaki, je suis allé vers le nord jusqu’à la ville voisine de Minami-Sanriku. Ma dernière visite à Minami-Sanriku datait de juste après le tsunami, quand j’étais venu effectuer un reportage sur l’état du littoral. Le déferlement de vagues atteignant au moins 16 mètres de haut avait laissé une scène de totale dévastation. On estime aujourd’hui à environ 800 le nombre des morts et des disparus.
Je me dirige vers Shizugawa, le quartier central de la ville. Les interminables montagnes de décombres et de débris qui m’ont accueilli lors de ma visite précédente ont été évacuées, laissant surtout place à des terrains vagues. Parmi les quelques édifices qui restent debout, figure le Centre d’alerte aux catastrophes, un bâtiment de trois étages où le tsunami a coûté la vie à 42 employés municipaux. Ici aussi, la seule activité consiste en un va-et-vient constant de véhicules de chantier remontant et descendant les rues de la ville. Des signes de vie apparaissent en plus grand nombre à mesure que j’approche du principal quartier commercial, à environ 1,2 kilomètre à l’intérieur des terres. Au village commercial Minami-Sanriku Sun Sun, un ensemble provisoire de boutiques ouvert en février 2012, quelques 30 commerces — des cafés-restaurants, une papeterie, un salon de beauté, etc. — alignent leurs devantures préfabriquées. Le 25 février dernier, ce centre commercial de fortune a fêté son premier anniversaire en organisant un festival de l’huître et un « marché du renouveau » (fukkô ichi) qui ont attiré des commerçants de la région venus présenter un choix de produits de saison, notamment des huîtres.
Au nombre des commerces ouverts au village commercial Sun Sun figure Yûshindô, une boulangerie-pâtisserie fondée en 1910, pendant l’ère Meiji (1868-1912). Abe Takekazu, propriétaire de ce magasin à la quatrième génération, parle avec émotion de sa récente réouverture :
« La vieille boutique du quartier d’affaires Shizugawa a été balayée, et j’avais pratiquement perdu tout espoir. Mais lors de l’évacuation, tant de gens sont venus me dire à quel point ils étaient impatients de manger à nouveau mon pain que j’ai commencé à me dire que c’était peut-être la chose la plus importante qu’il m’était donné de faire pour la collectivité. J’ai décidé de revenir au pain cuit à la maison que j’avais arrêté de boulanger dix ans plus tôt et de le vendre en même temps que nos pâtisseries. »
Comme les autres commerçants, M. Abe a perdu des amis et des parents dans le tsunami, mais il a su trouver la volonté et les moyens de rouvrir, grâce au soutien chaleureux des voisins qui avaient été ses fidèles clients pendant des années.
Quels que soient les progrès de la reconstruction, la ville n’en a pas moins perdu pour de bon un grand nombre de ses habitants les plus jeunes, tandis que beaucoup de résidents plus âgés vivent dans des logements provisoires construits sur des terrains en hauteur éloignés du centre-ville. La difficulté du trajet qui mène au quartier commercial risque de les inciter à passer leurs journées à la maison à se faire du mauvais sang.
« Ceci étant », continue M. Abe, « il y a ici beaucoup de gens pour qui le pain est un aliment de base, et j’ai vraiment le sentiment que la boutique est appréciée. J’aimerais travailler avec les autres commerçants pour atteindre davantage de clients dans la région, peut être en faisant des expéditions par camions et en organisant des événements promotionnels. »
Vêtu de son tablier de boulanger d’un blanc éclatant, M. Abe me fait ses adieux avec des mots d’espoir et un sourire optimiste.


