Un programme en cinq points pour libérer l’agriculture japonaise
Ce ne sont ni le programme de soutien au revenu mis en place par le PDJ ni la stratégie de doublement du revenu proposée par le PLD qui répondront aux besoin de l’agriculture japonaise, mais bien plutôt une approche qui permettra aux exploitations de tout le pays de fonctionner de manière rentable sans dépendre de l’État. Comment faire pour y parvenir ? Je propose à cette fin une série de recommandations que j’ai baptisée « programme en cinq points pour libérer l’agriculture japonaise ».
1- Supprimer les mesures en faveur de récoltes spécifiques
Dans le cadre de la politique agricole actuelle du Japon, certaines cultures désignées par l’État, telles que le riz, le blé, le soja, le sarrasin et la canne à sucre, donnent lieu à des subventions (soutien au revenu) proportionnelles à la taille des parcelles cultivées. Cette politique, en vigueur depuis de nombreuses années, vise à promouvoir l’agriculture, mais elle a l’effet contraire. Plus les pouvoirs publics subventionnent une culture, plus les prix baissent, et les pertes des agriculteurs augmentent en conséquence. C’est ce qui se passe aujourd’hui.
Je propose la suppression de ce programme et l’introduction d’une formule instaurant le versement d’une subvention à taux forfaitaire par unité de surface quelle que soit la culture à laquelle elle est consacrée. Cette formule serait encadrée par une loi prévoyant une réduction de 5 % du montant originel de la subvention tous les ans, de façon à le ramener à zéro au bout de 20 ans. L’incitation à cultiver certaines récoltes plus subventionnées que les autres disparaîtrait ainsi et c’est à l’agriculteur qu’il appartiendrait de décider ce qu’il veut cultiver, un choix particulièrement important. Cela inciterait les agriculteurs à prendre en toute indépendance des initiatives en vue de développer de nouvelles techniques et de nouvelles capacités, ainsi qu’à consentir des efforts pour compenser la réduction des subventions et réaliser des profits en réduisant les coûts et en prenant en charge la vente et la promotion de leurs produits, deux activités qui deviendraient alors des éléments standard de la gestion des exploitations. En créant davantage de valeur ajoutée, cette formule entraînerait une hausse des revenus agricoles réels.
2- En finir avec le programme de réduction des surfaces
Pour que le point précédent puisse être appliqué avec succès, il faudra garantir aux agriculteurs l’entière liberté de cultiver ce qu’ils veulent. La mesure la plus importante à cet égard consistera à mettre totalement fin au programme de réduction des surfaces rizicoles, au titre duquel plus de 40 % des rizières japonaises sont aujourd’hui considérées comme impropres à la riziculture. La suppression de ce programme permettrait aux agriculteurs d’utiliser leurs terres à 100 %. En autorisant toutes les exploitations à utiliser à plein cette ressource limitée, on encouragerait la gestion des exploitations à s’orienter vers l’accroissement de la production et des profits.
3- Aligner le prix des terres agricoles sur les rendements
Au Japon, le prix des terres agricoles est artificiellement gonflé par l’intervention de l’État, ce qui décourage les agriculteurs de prendre des initiatives visant à augmenter leurs gains en amplifiant l’échelle de leurs opérations. Pour faire baisser les prix, il conviendrait de recourir à l’approche par capitalisation (évaluation basée sur les bénéfices) et à la fixation de plafonds. On permettrait ainsi la formation d’un marché où les terres agricoles seraient vendues, non pas pour leur valeur foncière, mais selon les gains que procurent les cultures qu’on y fait.
4- Annuler les dettes contractées par les agriculteurs pour améliorer leurs terres
Les agriculteurs ont pris à leur charge une partie des coûts liés aux améliorations, quand bien même superflues, de leurs terres, effectuées pour servir les intérêts des entreprises de génie agricole, et ces dépenses ont eu des résultats négatifs sur leurs bilans. En échange de l’application des trois points ci-dessus, il conviendrait qu’ils soient libérés des dettes qu’ils ont ainsi contractées. La politique agricole doit être modifiée de façon à améliorer la trésorerie des agriculteurs et à renforcer leur capacité à investir conformément aux projets qu’ils conçoivent eux-mêmes pour l’avenir de leurs exploitations.
5- Ouvrir la profession aux nouveaux arrivants
Les gens qui ne s’adonnent pas à l’agriculture doivent être encouragés à renoncer à leurs terres. Celles-ci et tous les biens qui vont avec doivent être vendus dans le cadre d’un système d’appel d’offres géré par le secteur privé. Certains agriculteurs aimeraient tirer parti de la vente de tous leurs biens, y compris les granges, le matériel et même les maisons, mais, dans le dispositif actuel, ces ventes passent par des commissions agricoles locales (dépendantes des autorités municipales) qui se contentent de sonder d’autres agriculteurs de la même communauté, si bien qu’il arrive fréquemment qu’aucun acquéreur ne se présente. Il faut en fait trouver des acheteurs qui peuvent tirer un meilleur parti des biens agricoles que leurs propriétaires en titre. Il s’agit, autrement dit, d’ouvrir aux nouveaux arrivants le marché des exploitations agricoles, qui est aujourd’hui fermé et accorde la priorité aux agriculteurs locaux.
Si ces cinq mesures étaient mises en œuvre, les agriculteurs pourraient choisir des cultures correspondant aux besoins des consommateurs et poser les fondations d’une gestion rentable des exploitations. À toutes les époques, les seuls agriculteurs qui perdurent sont ceux dont l’activité reste rentable. Ce que veulent aujourd’hui les agriculteurs japonais qui ont de l’ambition, c’est la libéralisation de l’agriculture à l’intérieur du pays avant que ce secteur ne soit ouvert à la concurrence étrangère. Certains brandissent la menace de destruction de l’agriculture japonaise qu’entraînerait la participation au pacte de libre échange TPP, mais ce qui compte, c’est la façon dont sont gérées les exploitations agricoles japonaises prises individuellement.