Ouvrir aux importations les niches alimentaires « sacrées »

Le gouvernement Abe parle de promouvoir les exportations de produits agricoles japonais, mais il ne pourra le faire sans procéder à un changement majeur de sa politique. Avant de revenir aux commandes, M. Abe avait déclaré qu’il fallait, pour assurer l’avenir de l’agriculture japonaise, renforcer sa compétitivité ainsi que les exportations de produits agricoles. Mais il existe une condition préalable à la réalisation de ce dernier objectif, à savoir l’ouverture du marché intérieur et la réduction des droits de douane appliqués aux importations de denrées alimentaires de base (telles que le riz, le blé, le beurre et autres produits laitiers, la fécule, le sucre et la viande, notamment de bœuf et de porc).

Les droits de douane appliqués aux denrées alimentaires de base sont tels que les entreprises japonaises du secteur de l’alimentation achètent à l’heure actuelle ces denrées à des prix qui atteignent plusieurs fois leur valeur sur le marché international. C’est la même situation que celle qui règne sur le secteur manufacturiers, où les entreprises japonaises payent le double ou le triple de leurs homologues étrangères pour s’approvisionner en produits comme le pétrole et l’acier. Dans de telles conditions, les produits alimentaires japonais ne peuvent pas être compétitifs sur les marchés internationaux, quelle que soit leur excellence en termes de qualité. C’est à cause de cela que nombre d’entre eux ont été contraints de délocaliser une partie de leurs opérations à l’étranger. C’est ainsi que les entreprises de transformation des aliments chassées par les droits de douane élevés, lesquels étaient censés protéger nos agriculteurs, représentent 70 % de la demande commerciale des récoltes que ceux-ci produisent.

Dans un pays avancé comme le Japon, où la technologie de la transformation des aliments est à la pointe du progrès, la possibilité de se procurer les matières premières aux prix en vigueur sur les marchés internationaux permettrait à l’ensemble du secteur de l’agroalimentaire de renforcer sa compétitivité et se traduirait par une augmentation des exportations de produits agricoles japonais. La demande de produits agricoles intervenant dans la fabrication des denrées à exporter progresserait elle aussi, ce qui en retour encouragerait les producteurs à améliorer leur compétitivité. Ainsi, sans même que les agriculteurs soient directement impliqués dans l’exportation, le marché intérieur pour les produits utilisés dans l’agroalimentaire à l’exportation grossirait, avec le coup de fouet qui en résulterait pour la production agricole japonaise.

Dans le domaine de l’agroalimentaire, les grands exportateurs sont également des grands importateurs. Les États-Unis, par exemple, sont à la fois le premier exportateur et le premier importateur mondial de produits agricoles. L’Allemagne se classe en troisième position pour ces deux critères et la France, quatrième plus gros exportateur, arrive au cinquième rang pour les importations. Quant aux Pays-Bas, ils occupent la deuxième place en tant qu’exportateur agricole et la septième pour les importations, bien qu’ils n’arrivent qu’en cinquante-huitième position par la taille de leur population. Ce pays, qui a misé sur l’innovation technologique et la production de légumes et de fleurs hautement concurrentiels pour développer ses exportations, importe également des matières premières de haute qualité aux prix internationaux, avant de les transformer et de les exporter sous forme de denrées alimentaires.