Une occasion en or pour la réforme agricole
À l’opposé de la démarche libérale adoptée par les Pays-Bas, le PLD a promis de protéger cinq denrées alimentaires de base — à savoir le riz, le blé, la viande de bœuf et de porc, le sucre et les produits laitiers —, considérées comme des produits sensibles devant être exemptés de la libéralisation des importations dans le cadre des négociations en vue du partenariat de libre-échange TPP. Si le premier ministre Abe est sérieux lorsqu’il parle de développer les exportations japonaises de produits agricoles à travers le libre-échange, il doit décider sans délai de revenir sur cet engagement pris par le PLD. (En ce sens le Japon sera en vérité « gagnant » dans la mesure où il est « perdant » dans les négociations du TPP sur les droits de douane appliqués aux produits agricoles.)
Outre cela, le gouvernement Abe, tout en parlant de doubler les exportations agricoles du Japon, s’est contenté de prélever 1,1 milliard de yens sur le budget de l’exercice 2013 pour les affecter à ce programme. Dans l’état actuel des choses, les dépenses consenties par le Japon pour l’expansion de ses exportations agricoles n’atteignent même pas 0,2 % des montants consacrés au soutien au revenu des agriculteurs.
L’élimination des droits élevés appliqués aux produits agricoles par le biais du TPP constitue la seule stratégie capable de nourrir la croissance à long terme de l’agriculture japonaise sans gaspiller les recettes fiscales. Le dispositif du TPP tel qu’il est proposé prévoit une période de 10 à 20 ans pour la diminution ou l’élimination des droits de douane actuellement en vigueur. En adaptant la période de réduction des subventions intérieures au délai octroyé pour la baisse des droits, nous pourrons cumuler les bénéfices de la libéralisation de l’agriculture à l’intérieur de nos frontière et ceux de son internationalisation.
Pour résumer ce que j’ai dit jusqu’ici, ce dont l’agriculture et l’agroalimentaire japonais ont besoin c’est de trois formes de liberté : liberté d’acheter sans payer de droits, liberté de choisir les récoltes en dehors de toute tutelle de l’État et liberté pour tout le monde de cultiver la terre (liberté d’entrer dans la profession).
Pour le gouvernement Abe, qui parle de « reprendre le Japon », la principale mission de la politique agricole devrait être d’accorder leur indépendance aux agriculteurs et d’arrêter d’entraver le développement de l’industrie alimentaire. Les seuls perdants de l’augmentation du nombre des agriculteurs et producteurs d’aliments indépendants et non tributaires des pouvoirs publics sont les membres du « clan » de l’agriculture à la Diète, dont les perspectives de réélection risquent de s’assombrir. Le plus gros problème réside dans le fait que les élections les plus récentes aux deux chambres de la Diète ont remis en selle un bon nombre de parlementaires de ce genre, pour qui la seule façon de gagner des suffrages consiste à distribuer des subventions au secteur agricole.
Le premier ministre Abe doit s’atteler sans hésitation à la réforme, même si le clan agricole de la Diète lui oppose une résistance acharnée. Sa coalition, majoritaire dans les deux chambres de la Diète, est désormais solidement assise. Cela lui donne une occasion en or d’exercer son pouvoir pour réformer le secteur agricole de façon à permettre aux agriculteurs japonais de recouvrer leur liberté.
(Texte original en japonais.)