Premiers cas de dengue depuis 70 ans au Japon
Avant celle du Covid-19, une autre épidémie s’était récemment produite en 2014 : celle de la dengue. Un homme piqué par un moustique dans le parc Yoyogi à Tokyo a développé une forte fièvre et des douleurs dans tout le corps ; le diagnostic a révélé qu’il s’agissait de la dengue. En fait, la maladie, plus courante dans les climats chauds de l’Asie du Sud-Est, s’était propagée au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Des moustiques qui la transportaient ont été ramenés au Japon depuis les champs de bataille dans le sud. Mais pendant les 70 années qui suivirent, aucun cas de dengue ne fut rapporté dans le pays.
Cette année-là, 160 cas de dengue ont été rapportés en deux mois. Puis l’épidémie a pris fin. Mais elle est la preuve qu’il est impossible d’empêcher des maladies infectieuses en provenance d’autres pays de gagner le Japon. Aucune frontière ne constitue un rempart contre les insectes.
Avant l’épidémie actuelle de Covid-19, certaines parties du monde ont été frappées par deux maladies à coronavirus redoutables : le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) de 2002 à 2003 et le MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) en 2012. Toutefois, aucune d’entre elle n’a alors eu un impact majeur sur l’Archipel. Étant passée entre les mailles du filet et se sentant à l’abri, la population nippone s’est d’abord montrée désinvolte et a cru que le Covid-19 en Chine ne représenterait pas un problème de grande importance au niveau national.
« Le Japon n’a guère appris des épidémies passées, il est donc difficile de mettre à profit son expérience pour surmonter la crise actuelle », souligne Ishi Hiroyuki. Ce manque d’expérience s’est manifesté dans la réponse du pays à l’épidémie de Covid-19 à bord du navire de croisière Diamond Princess. Malgré les 110 cas d’infection à bord de bateaux de croisière au cours de la dernière décennie, le Japon n’a pas pris les précautions qui s’imposaient pour empêcher une possible propagation de la maladie à bord de ce type de navires.
Un soutien accru nécessaire pour l’Institut national japonais de recherche des maladies infectieuses
Le budget et le personnel de l’Institut national japonais de recherche des maladies infectieuses a régulièrement diminué au cours des 10 dernières années. Il emploie environ 300 personnes et dispose d’un budget annuel d’environ 8 milliards de yens, ce qui n’est rien comparé aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis. Avec environ 11 000 employés et un budget de plus de 800 milliards de yens, les CDC peuvent ainsi financer des activités de grande envergure, telles que la collecte de données, l’information de la population et si cela s’avère nécessaire des mises en quarantaine.
L’Institut national japonais de recherche des maladies infectieuses n’a pas la capacité de procéder en peu de temps à des dépistages de grande envergure du Covid-19, ce que la situation actuelle nécessite pourtant. De nombreux experts au Japon appellent à la création rapide d’une nouvelle organisation dotée du personnel et des ressources nécessaires pour permettre une coordination adéquate des réponses aux épidémies au Japon.
La société grisonnante nippone : une population particulièrement vulnérable aux virus
Comme nous l’avons développé dans un article précédent, les concentrations et les surpopulations dues à l’urbanisation ont favorisé l’augmentation rapide des épidémies de maladies infectieuses. Tokyo et Osaka sont deux exemples typiques de concentration et de surpopulation. La société vieillissante ne fait qu’accroître ce risque de propagation des maladies ; l’épidémie de Covid-19 a montré une fois de plus, s’il était besoin, que les personnes âgées sont particulièrement vulnérables aux virus pathogènes.
« Les êtres humains eux-mêmes sont à l’origine d’environnements qui favorisent la propagation des maladies », rappelle Ishi Hiroyuki. « Mais le Japon qui allie des zones urbaines saturées et une société vieillissante est devenu un terreau idéal pour les épidémies. »
Une catastrophe naturelle majeure, entraînant une épidémie, aurait des conséquences incommensurables pour le Japon, un sombre scénario qui fait froid dans le dos. Nul doute que l’Archipel aura de nombreux défis à relever pour protéger sa population.
(Photo de titre : le 7 août 2019, un groupe composé de moines et de fidèles s’est consacré à dépoussiérer le Grand Bouddha du temple Tôdai-ji, à Nara. Jiji Press)

