Sans expérience... et alors ?

J’avais confiance en mes capacités de campeur, mais j’étais en terre inconnue, et je voyageais sur l’eau pour la première fois. Ce serait mentir que d’affirmer que je n’étais pas inquiet. Je questionnais le guide du magasin de matériel et de vêtements pour les activités en plein air avant de partir. J’étais rassuré, sentant en effet qu’il n’y aurait pas de trop grand danger.

J’ai pris une leçon de cinq minutes seulement pour apprendre à pagayer sur le lac, au niveau de mon point de départ. Le kayak était bien plus stable que je ne l’imaginais. L’eau était suffisamment proche pour que je puisse y plonger mes mains pendant mon parcours, et mon embarcation glissait sur la surface à chaque coup de rame. Le mouvement était si fluide que j’avais l’impression de ne pas vraiment faire d’effort pour traverser le paysage, et que c’était le sublime panorama lui-même qui venait vers moi. C’était une expérience merveilleuse et rafraîchissante.

Je faisais de petit progrès dans mes plans de voyage chaque jour. C’était une pure joie que de traverser ces paysages que je n’avais vus qu’en photo. L’impression de me rapprocher de mon rêve à chaque coup de pagaie était authentique.

Un arc-en-ciel enfermé dans une toile d’araignée (2011).
Un arc-en-ciel enfermé dans une toile d’araignée (2011)

Comme de descendre une cascade

Le voyage ne s’est évidemment pas fait sans soucis... La météo se faisait de moins en moins clémente, et bien qu’abrité par la tente que j’avais monté, il n’était guère plaisant de tenter le destin au milieu d’un orage électrique. J’étais également décontenancé par les castors qui battaient l’eau avec leurs queues pour tenter de me faire dériver. J’avais honnêtement peur qu’ils puissent dévorer mes pagaies en bois pendant la nuit. Après huit jours passés dans la nature sauvage, j’ai finalement atteint le lac Moose. Je me reposais dans un chalet de pêche tout en cherchant des renseignements sur le studio de Jim Brandenburg. Je ne trouvais sur les routes que des panneaux d’interdiction : « Propriété privée. Défense d’entrée. » Une fois de plus, j’étais perdu.

Sous l’aurore boréale (2016)
Sous l’aurore boréale (2016)

En cas de doute, il faut toujours demander de l’aide. Quand j’ai expliqué mes difficultés au propriétaire, il s’est pris de pitié vis-à-vis de cet étranger venu du lointain Japon et qui avait fait tout ce chemin en kayak pour voir son idole. Il a donc décidé d’arranger un premier rendez-vous avec Brandenburg grâce à un contact en commun. Quelques jours plus tard, il m’a conduit au studio du célèbre photographe en personne. Si la vie est semblable à une rivière, passer cette porte était pour moi comme de descendre une cascade.

Un huard termine le lissage de ses plumes (2018).
Un huard termine le lissage de ses plumes. (2018)

Prendre exprès le chemin le plus long finit par payer

La première chose qu’a fait Jim Brandenburg quand il m’a vu derrière sa porte d’entrée, c’est de me saluer dans ma langue natale : « Konnichiwa ! » J’avais grandement appréhendé cette rencontre, mais une fois la glace brisée entre nous, j’ai pu lui détailler toutes les rencontres marquantes de mon voyage, tels que les nids de huards et de pygargues à tête blanche. Au final, j’étais bien content d’avoir pris le chemin le plus long avec mon kayak.

J’ai dû cependant interrompre cette conversation amicale afin de lui déclarer la vraie raison de ma venue. J’avais besoin d’une réponse à la requête mentionnée dans ma lettre. Pouvais-je oui ou non devenir son assistant ?

(À suivre...)

Pose avec Jim Brandenburg (à droite) au lac Discovery (1999).
Pose avec Jim Brandenburg (à droite) au lac Discovery (1999)

(Photo de titre : un loup enveloppé de sa fourrure d’hiver traverse la neige de l’hiver glaçant, à -40° C, du Manitoba nordique, au Canada, en janvier 2015. Toutes les photographies sont de Ôtake Hidehiro, sauf mention contraire)