Un exemple à suivre
Malheureusement, le nombre des entreprises qui emploient des handicapés avec autant de conviction que Nihon Rikagaku Industry est relativement limité. D’après le « Rapport sur la situation de l’emploi des personnes handicapées en 2012 », environ 380 000 personnes handicapées étaient employées dans des entreprises privées japonaises à la date du 1er juin 2012, soit 4,4 % de plus que l’année précédente. Ce qui signifie qu’en 2012, les handicapés représentaient 1,69 % de l’ensemble de la population active japonaise. Ces deux chiffres correspondent aux meilleurs obtenus dans ce domaine au Japon.
Toutefois, moins de la moitié (48 %) des entreprises japonaises ont respecté le quota d’employés handicapés (1,8 %) qu’elles sont tenues de faire travailler en vertu de la Loi pour la promotion du recrutement des personnes présentant un handicap physique(*1). Si certaines grandes entreprises ont commencé à recruter davantage de travailleurs handicapés depuis quelques années, les PME continuent à se montrer réticentes.
Nihon Rikagaku Industry compte pour sa part 70 % d’employés handicapés. En octobre 2009, Hatoyama Yukio, qui était alors premier ministre, a rendu visite à l’entreprise et, à cette occasion, il a prononcé un discours dans lequel il a dit que Nihon Rikagaku Industry constituait un exemple de la « société fraternelle (yûai shakai) » que son gouvernement entendait promouvoir. Et au mois de février de la même année, le prestigieux prix Shibusawa Eiichi, qui récompense les dirigeants des entreprises innovantes, a été décerné à Nihon Rikagaku Industry.
Le recrutement d’employés handicapés permet à l’État de faire des économies considérables. Chaque année le gouvernement doit débourser cinq millions de yens pour chaque handicapé placé dans une institution spécialisée. Ce qui veut dire qu’il doit verser au total deux cents millions de yens par handicapé pour les quarante années — de l’âge de 20 ans à celui de 60 ans — que celui-ci est censé passer dans un centre spécialisé. Les cinq employés handicapés qui ont, à ce jour, travaillé chez Nihon Rikagaku Industry pendant quarante ans ont donc permis à l’État japonais d’économiser un milliard de yens.
À l’occasion d’un voyage en Belgique, Ôyama Yasuhiro a appris par ailleurs que ce pays avait mis au point un système permettant aux personnes illettrées de trouver du travail plus facilement. Les entreprises belges qui proposent un emploi à cette catégorie de travailleurs bénéficient en effet d’une aide du gouvernement qui couvre leur salaire.
M. Ôyama pense que le Japon devrait se doter d’un système du même genre. Le gouvernement pourrait par exemple payer un salaire annuel minimum (d’un montant d’environ 1,5 million de yens) à tout employé handicapé qui serait engagé par une PME. D’après le patron de Nihon Rikagaku Industry, cela permettrait au Japon de faire un grand bond en avant en termes d’emplois pour les handicapés.
Tant qu’un tel système ne sera pas mis en place, les entreprises japonaises auront sans doute du mal à suivre l’exemple de Nihon Rikagaku Industry. Ôyama Yasuhiro est le premier à le reconnaître.
« Nous sommes une toute petite entreprise. Si nous avons réussi à arriver où nous en sommes, c’est parce que le secteur dans lequel nous travaillons, en l’occurrence les craies, n’intéresse pas vraiment les grandes firmes. Une autre entreprise aurait sans doute beaucoup plus de mal à appliquer la même politique de l’emploi. Et je suis loin de penser que toutes les PME doivent suivre notre exemple. »
Nihon Rikagaku Industry n’en a pas moins indéniablement réussi à revigorer la société japonaise en donnant aux handicapés la chance de goûter aux « joies du travail » et au sens de l’accomplissement que l’on éprouve quand on travaille pour gagner sa vie. Et c’est peut-être ce genre d’entreprise qui détient le secret de la force de l’économie japonaise.
Informations sur l’entreprise
Nom de la société : Nihon Rikagaku Industry Co., Ltd.
Addresse : 2-15-10 Kuji, Takatsu-ku, Kawasaki, Kanagawa, 213-0032 Japon
Représentant : Ôyama Takahisa, CEO
Activité : fabrication et vente des craies sans poussière, des marqueurs solides (Kitpas) pour le verre et les tableaux blancs, des revêtements pour tableaux blancs et des semelles de chaussures antidérapantes.
Capitalisation : 20 millions de yens
Effectifs : 76 employés
Site internet (français) : http://www.rikagaku.co.jp/french/
(Original en japonais écrit par Nagasawa Takaaki. Photographies de Kimura Junko, Jana Press.)
(*1) ^ En avril 2013, le quota des employés handicapés que les entreprises sont tenues de faire travailler a été porté à 2 %.


