Des gâteaux frais aux marrons dans les grands magasins

(à gauche) L’entrée de la brasserie Masuichi. (à droite) Dégustation au comptoir.

À l’origine, on trouvait des commerces de toutes sortes, sel en gros, thés en gros, huileries de colza, brasseries de saké ou pharmacies traditionnelles. La brasserie Masuichi Ichimura, fondée en 1755 était au centre de toutes ces activités. Masuichi se lança dans la fabrication de confiseries aux marrons vers 1900, avant de prendre le nom d’Obusedô en 1923.

Le noren (enseigne en tissu) d’Obusedô aux trois châtaignes détourées de blanc.

La maison produisit également un temps de la sauce de soja et du miso, mais s’est reconcentrée actuellement sur ses deux métiers principaux : le saké et les confiseries aux marrons. Ce sont ces dernières qui représentent l’essentiel de l’activité puisque le chiffre d’affaires du saké ne représente qu’un dixième de celui de la confiserie.

Bocal de kuri-kanoko. Délicieux sur du pain, même si ce n’est pas une façon traditionnelle de le consommer.

Selon M. Ichimura Tsuguo, patron actuel de Masuichi et d’Obusedô et représentant la XVIIe génération de la famille des fondateurs : « La confiserie est devenue graduellement un produit industriel avec la division du travail. Mais nous devons revenir à l’origine de la confiserie, quand la sélection des ingrédients, la fabrication manuelle et la vente était faite directement par les artisans ».

(à gauche) Gâteau frais à la châtaigne d’Obusedô ; (à droite) Grand magasin Shinjuku Isetan.

Son rêve s’est réalisé avec l’ouverture d’un point de vente dans le grand magasin Isetan de Shinjuku. À côté de ses spécialités de confiserie, Obusedô propose à la vente des gâteaux frais (namagashi), rivalisant avec de célèbres maisons de pâtisseries japonaises comme Toraya.

C’est le patronage d’un dandy qui a attiré Hokusai à Obuse

Katsushika Hokusai, mondialement connu pour ses Trente-six vues du mont Fuji a visité Obuse quatre fois entre 1842 et 1848. C’était à la fin de sa vie, il était âgé de 83 à 89 ans. À chaque fois, ce fut à l’invitation de Takai Kôzan (connu également sous le nom d’Ichimura Sankurô, XIIe chef de la famille Ichimura), riche marchand d’Obuse.

Pour Hokusai, Kôzan, qui avait fait des études à Edo et Kyoto dans sa jeunesse, était un « patron ». Kôzan non seulement finançait Hokusai, mais lui procurait un environnement sensible et cultivé, grâce auquel les deux hommes bâtirent une relation de confiance. Hokusai a laissé plusieurs tableaux pendant son séjour à Obuse.

Le « Phœnix scrutateur » (temple Ganshôin). Quand vous levez les yeux au plafond, l’œil de l’oiseau sacré de la Chine ancienne vous voit jusqu’aux tréfonds de votre âme.

Le Happônirami Hôô-zu (« Phœnix scrutateur ») dessiné par Hokusai au plafond de la salle principale du temple Ganshôin un an avant sa mort est un chef-d’œuvre. Les pigments minéraux utilisés ont été importés tout spécialement de Chine. Malgré les 166 ans qui se sont écoulés, les couleurs en sont toujours aussi vives, sans qu’il ait été besoin de le restaurer. 

Kôzan est une personnalité marquante, un représentant de l’époque où la culture d’Obuse était au faîte de sa prospérité. Il pratiquait son métier de commerçant sur la base des valeurs et des connaissances auxquelles il adhérait, conformément à l’enseignement néo-confucianiste de l’école du Yômei-gaku, en particulier par une action dédiée au monde vers l’idéal de sauver le peuple de ses souffrances. Cette vision sociale semble être une tradition séculaire dans la famille Ichimura.