Une inquiétante dégradation des relations

J’ai pu interroger le propriétaire d’un restaurant de la rue Ikemen. Après avoir étudié les sciences politiques dans une université coréenne, ce dernier est venu au Japon il y a huit ans de cela afin de poursuivre des études supérieures dans une université privée de Tokyo. À la fin de ses études, il a commencé à travailler dans le quartier de Shin-Ôkubo. Il dissimule son vrai nom pour éviter tout problème lié aux fréquentes manifestations organisées dans le quartier par le Zaitokukai, une association d’extrême-droite qui s'oppose ouvertement à ce qu’elle appelle les « privilèges spéciaux » des coréens résidant au Japon. Le propriétaire du restaurant a déclaré qu’il se sentait impuissant face aux manifestants et à leur discours de haine, mais qu'il était heureux que les choses se soient calmées plus récemment.

Le quartier de Shin-Ôkubo a profité de la popularité croissante de la culture pop coréenne au Japon, et le nombre d’entreprises coréennes a connu une forte augmentation. Ce phénomène a pris davantage d’ampleur avec la diffusion au Japon de l’émission télévisée coréenne « Winter Sonata » en 2004. Cette « vague coréenne » a toutefois ralenti lorsque le président sud-coréen Lee Myung-bak a visité l'île de Takeshima (Dokdo en coréen), revendiquée à la fois par la Corée du Sud et par le Japon, durant l’été 2012. De nombreuses manifestations ont eu lieu suite à cet évènement, dans lesquelles des discours de haine ont pu être entendus ouvertement. Selon une association d’entrepreneurs coréens de l’arrondissement de Shinjuku, les ventes de la plupart des entreprises coréennes ont chuté de moitié par rapport à leur apogée et plusieurs dizaines de restaurants, bars et supermarchés ont fermé leurs portes. En outre, des magasins chinois se sont développés dans la zone de Shin-Ôkubo, réduisant par la même occasion les activités des commerces coréens.

Pas de consensus sur l’immigration

Les quatre principales communautés étrangères présentes au Japon sont, dans l'ordre du nombre de ses ressortissants, les Chinois, les Coréens, les Philippins et les Brésiliens. Ensemble, ils représentent environ 70 % de tous les étrangers vivant dans le pays. De nombreux résidents chinois et coréens sont nés de parents vivant au Japon depuis la Seconde Guerre mondiale. La plupart des Brésiliens au Japon sont quant à eux des descendants d’anciens émigrés japonais, revenus dans leur pays d’origine par le biais de mesures préférentielles en faveur des Brésiliens d’origine japonaise. Beaucoup d'entre eux travaillent pour des entreprises japonaises. Une communauté brésilienne existe notamment à Ôizumi, dans la préfecture de Gunma.

Malgré quelques exceptions, le Japon a maintenu des restrictions strictes en matière d'immigration. Les changements démographiques rapides de l’Archipel ont pour conséquence des naissances en baisse et un pourcentage de personnes âgées en constante augmentation. À mesure que la population en âge de travailler (les personnes âgées de 15 à 64 ans) diminue, des stratégies sont mises en place pour augmenter la participation des femmes et des seniors dans le marché du travail. Des mesures pour assouplir les restrictions à l’immigration ont également été prises tout récemment.

Il semble donc certains que les quartiers ethniques de Tokyo devraient continuer à se multiplier dans l’avenir.

(Texte de Murakami Naohisa. Photo de titre : le quartier coréen de Shin-Ôkubo, à Tokyo. © Natsuki Sakai/Aflo)