3e couple : Chihiro et Jahangir (Tokyo)
Chihiro (32 ans) gère le restaurant italien « Pran Pone » avec son mari Jahangir Mujahed (54 ans), originaire du Bangladesh. L’établissement est situé près de la gare d’Ekoda dans l’arrondissement de Nerima à Tokyo. Dix ans plus tôt, alors que Chihiro était une étudiante âgée de 22 ans, elle a trouvé du travail dans un autre restaurant italien tenu par Jahangir. Ils sont tombés éperdument amoureux l’un de l’autre et se sont mariés il y a 7 ans, malgré une différence d’âge de 22 ans.
« L’enseignement de l’islam ressemble par beaucoup d’aspects aux valeurs inculquées aux enfants japonais, comme la piété filiale ou la sincérité, affirme Chihiro. Ma conversion à l’islam ne m’a gênée en rien et je suis toujours aussi libre qu’auparavant. »
Unis grâce à Dieu
À l’époque où les deux s’étaient rencontrés, Jahangir ne consacrait que peu de temps à sa vie religieuse. Venu au Japon il y a 32 ans, il a dû vivre dans un pays très peu ouvert aux musulmans. Afin de se fondre dans la société japonaise, il a été contraint d’enfreindre certaines règles de conduite, mais il s’y est peu à peu accoutumé. C’est grâce aux paroles encourageantes de Chihiro, lorsqu’ils ont décidé de se marier, qu’il a pu retrouver ses habitudes.
« Elle m’a beaucoup aidé, confie Jahangir. Avant de la rencontrer, je faisais de mon mieux pour avoir des amis Japonais et je pensais que je devais changer mon mode de vie pour y parvenir. Mais Dieu m’a remis dans le droit chemin grâce à Chihiro. »
Chihiro élève leurs deux jeunes enfants tout en s’occupant du restaurant. Il lui arrive souvent de ne pas avoir le temps de faire ses cinq prières quotidiennes ou d’aller à la mosquée les vendredis.
« En tant que musulmane, je voudrais pratiquer ma foi sans contrainte. Mais mon mari m’a enseigné que Dieu est tolérant et qu’il est au-dessus des hommes et de leurs soucis. Je pense que le plus important est de faire de son mieux pour suivre les préceptes de l’islam. »
Ne pas craindre d’être une minorité
Dans leur restaurant, ils n’indiquent pas spécialement qu’ils sont musulmans ou que la nourriture est halal. L’islam a encore mauvaise image et les préjugés sont nombreux. Ils se posent aussi des questions sur l’avenir de leurs enfants, nés dans une famille musulmane.
Mais Jahangir explique : « il n’y a pas besoin de mettre en avant le fait que nous soyons musulmans. Si nous sommes chaleureux et accueillants dans notre vie quotidienne, alors les gens viendront naturellement à nous. Devenir une telle personne, voilà l’enseignement de l’islam. »
Chihiro acquiesce en écoutant son mari. « Nos enfants seront une minorité au Japon. Ils devront faire face à de nombreux défis à l’avenir. Par exemple, il y aura des plats qu’ils ne pourront pas manger à la cantine scolaire. Mais plutôt que de faire valoir haut et fort leur identité, je suis certaine qu’ils parviendront naturellement à vivre leur foi tout en s’entendant avec leur entourage. Les règles de vie diffèrent d’une famille à une autre. C’est le cas pour toutes les familles japonaises et je pense que les amis de nos enfants comprendront que la nôtre a aussi sa propre manière de vivre. »


