Sarrah, une fille attentionnée

Ali respecte le choix de ses enfants et ne les forcerait jamais à se convertir. Mais au fond de lui, il souhaite qu’ils partagent sa foi. Il savait que son fils aîné et sa femme n’étaient d’emblée pas intéressés par l’islam. C'est pourquoi il portait secrètement ses espoirs sur sa fille.

Lorsque Sarrah était plus jeune, Ali l'emmenait souvent à des rassemblements de sa communauté musulmane. Les participants, qui venaient en famille, étaient originaires du Pakistan, d’Inde ou encore du Canada. Après les prières, ils se rassemblaient pour partager un repas. C’est au cours de ces moments de convivialité que Sarrah s'est fait des amis. En grandissant, les enfants plus jeunes qu'elle ont commencé à la considérer comme leur sœur aînée.

« Peut-être que je sentais qu'il était dans mon devoir d'aller à ces évènements, parce que ni ma mère ni mon frère n'y participaient, explique-t-elle. Mais ça ne voulait pas dire que je voulais devenir musulmane. Je me disais que mon père se sentirait seul car ses amis venaient accompagnés de leur famille. Quand j'étais plus jeune, je participais aussi à la prière du matin à la maison avec mon père. Malgré cela, il ne m'a jamais demandé de me convertir. »

Concilier règles de vie musulmanes et japonaises

Quand Sarrah est entré à l'école primaire, Ali a fait de son mieux pour que l'établissement comprenne qu'elle était issue d'une famille musulmane. Les jours où il y avait du porc à la cantine, l'école l'a autorisée à prendre avec elle un repas préparé à la maison. Pendant les cours de natation, elle restait à côté de la piscine et observait ses camarades nager, le port du maillot de bain n'étant pas autorisé dans l'islam. Afin de ne pas violer l’interdiction du culte des idoles, elle ne dessinait pas de personnes pendant les cours d'arts plastiques. La seule exception est un portrait d’Ali qu'elle a dessiné pour la fête des pères.

C'était à son père et non à sa mère que revenait le rôle d’expliquer à l’école comment Sarrah pouvait se comporter. L'établissement qu’elle fréquentait se montrait compréhensif et organisa des cours particuliers en classe de natation habillée.

Mais à l'adolescence, Sarrah a commencé à se sentir de plus en plus mal à l’aise dans les rassemblements où son père l'emmenait. Les participants étaient de fervents pratiquants, qui priaient avec beaucoup de sérieux. C'était aussi le cas des amis qu'elle s'y était faits. Mais Sarrah n'était pas croyante.

Un jour, un ami indien de son père lui a dit : « C'est une très bonne chose que tu viennes régulièrement, mais tu n’as pas de raison d’être ici si tu ne lis pas le Coran et ne comprends pas les enseignements de l'islam. Si tu ne fais qu'imiter les gestes, mieux vaut que tu ne viennes plus... »

Sarrah a été très affectée par ces propos. C’est depuis ce moment qu'elle a commencé à ressentir qu'elle n'était pas à sa place dans ces rassemblements. Tout en omettant cette discussion avec l'Indien, Sarrah a avoué à son père qu’elle ne se considérait pas musulmane et qu’elle ne voulait plus l'accompagner aux événements de sa communauté. Ali, par respect pour sa fille, lui a simplement répondu : « Je comprends. »

« Je suis une Japonaise qui est née et qui a grandi au Japon, poursuit Sarrah. J'aime mon père, mais ma manière de penser et ma culture sont différentes de l'islam. Je n'ai pas de problème en ce qui concerne la nourriture, mais c'est difficile de concilier le reste avec le mode de vie japonais. Par ailleurs, je n'ai pas le temps maintenant d'apprendre à lire le Coran ou d'aller à La Mecque. Si j'avais commencé plus jeune, j'aurais peut-être décidé autrement. Mais ce n'est plus possible aujourd'hui. »

Ali et Sarrah déjeunant ensemble à la maison.