Une des raisons pour lesquelles le Kobe Yamaguchi-gumi a conservé sa puissance peut sans doute s’expliquer par une certaine habilité relationnelle auprès des organisations alliées dans l’ensemble du pays. Sakurai Kenji, écrivain et ex-cadre du Yamaguchi-gumi, explique à ce propos : « Il y a beaucoup de clans qui se sentent proches du Kobe Yamaguchi-gumi dans la partie ouest du pays. »
Il ajoute que, d’autre part, le Rokudaime Yamaguchi-gumi a pris pour orientation de renforcer ses relations amicales avec les groupes de l’est du Japon après la scission. « Les organisations du Kantô étaient plutôt hostiles au Yamaguchi-gumi avant l’éclatement, mais cela tend à disparaître. Sans compter que le plus grand clan du Kantô, le Sumiyoshi-kai, est aussi en train de se rapprocher du Rokudaime Yamaguchi-gumi. »
Au niveau de la structure générale des clans, cette implosion du Yamaguchi-gumi a causé un renforcement des oppositions est-ouest à partir du centre du Kansai, mais comme le dit Sakurai : « La Loi anti-mafieuse et l’arrêté municipal, auxquelles est venue s’ajouter la nouvelle Loi contre le crime organisé adoptée en juillet, sont de véritables menaces, et les groupes sont immobilisés dans la situation actuelle. C’est pour cela que le statu quo est conservé aujourd’hui. »
La « loi de fer » des yakuza en pleine transformation
Dans ce contexte, même la « loi du milieu » des yakuza est en train de changer. Les organisations de yakuza se caractérisent par le jikisan, un système d’obédience directe au chef. À l’origine, le jikisan faisait référence aux hatamoto, ou gardes officiels, et aux gokenin, vassaux, qui appartenaient au shogunat des Tokugawa à l’ère Edo. Dans le milieu des yakuza, ce système désigne le membre du clan à qui le chef ou parrain a fait boire la coupe dite sakazuki pour symboliser le lien d’allégeance. Dans le milieu du crime organisé, cet échange de coupe scelle des liens de parenté identiques aux liens du sang, indissociables entre un père et un fils ou entre frères.
Partir d’un clan alors qu’on a reçu la coupe symbolique de son chef constitue un acte de rébellion appelé « rétrocession de la coupe », qui n’est pas admis dans le milieu des yakuza où le parrain est tout-puissant. C’est ce qui s’est justement passé entre le Rokudaime Yamaguchi-gumi et les cadres du Kobe Yamaguchi-gumi : une rupture de liens de parenté. Un tel acte dissident entraîne une exclusion définitive du milieu de la pègre japonaise. Et si l’on fréquente ceux qui ont été exclus, on est considéré comme l’ennemi du clan qui a formulé la punition. C’est la « loi de fer » des yakuza, et c’est le strict respect de cette règle qui permet de conserver l’ordre au sein du clan.
Mais, avec la série de scissions du clan Yamaguchi-gumi, l’ordre établi pourrait bien en arriver à être détruit. D’après Sakurai, « Jusqu’à maintenant, l’excommunication, la rupture des liens, ne pouvaient jamais être remis en question. Ce n’est plus vrai aujourd’hui. Même avec une punition de ce type, on est bien accueilli dans le clan adverse. Si on n’a plus peur d’être exclus, on peut faire tout ce qu’on veut. Et ça c’est dangereux. »
