Des yakuza qui évitent les discordes

En outre, avec le contrôle attentif de la police, tous les regroupements criminels souffrent aujourd’hui d’un affaiblissement de leurs capacités organisationnelles et d’un rétrécissement de leurs effectifs, et ceci, dans l’ensemble du Japon. Alors que l’on comptait près de 70 000 membres d’organisations criminelles au début des années 1990, ils ne sont plus que 18 100 à la fin 2016. Le Yamaguchi-gumi, fier jusqu’ici de regrouper près de 40 000 hommes en comptant les membres associés, a été réduit au quart de ce chiffre environ, notamment dû aux scissions.

Dans une telle situation, les membres mafieux situés en bas de l’échelle ont de plus en plus tendance à se dire que « provoquer des querelles pour rien n’apporte rien de bon ». Un yakuza sous le contrôle du Rokudaime Yamaguchi-gumi raconte : « La scission s’est faite par la volonté d’en haut, ceux du bas n’ont rien à y voir et n’y comprennent pas grand-chose. Si on risque de s’accrocher, entre gens du bas de l’échelle, on peut toujours arriver à s’entendre en discutant. En plus, on a toujours quelque part des liens avec des frères que l’on connaît dans le milieu des yakuza. »

Il déclare aussi que, dans les foires, il est maintenant possible de voir des stands de trois clans adverses travailler presque côte à côte. « Avec les lois de plus en plus dures et un marché qui n’arrête pas de rétrécir, les yakuza n’ont plus le temps de se disputer entre eux. Même si l’organisation est différente, sur place, on se sent plutôt solidaire entre nous. »

Un membre du Kobe Yamaguchi-gumi partage cet avis. « Sur place, c’est plutôt l’ambiance “coexistence prospère” avec le Rokudaime Yamaguchi-gumi, et il y a des accords tacites. Si on se rencontre en ville, on se fait signe avec les yeux et on ne s’emporte pas. On aimerait que ceux du haut arrêtent de se battre et qu’ils se remettent vite tous ensemble. Plutôt que de se quereller, je pense qu’il vaudrait mieux réfléchir au fait que nous sommes tous réunis sous le nom de yakuza. »

(Reportage et texte : Power News. Photo de titre : le chef de sixième génération du Yamaguchi-gumi Tsukasa Shinobu, à Kobe, le 9 avril 2011. Jiji Press)