Le prince héritier, qui s’y rendit à sa place, lut un message de l’empereur Hirohito, au Hall de la paix d’Okinawa : « Quand je pense à l’île d’Okinawa qui a été le théâtre de combats, a connu un grand nombre de victimes et a continué à porter un lourd fardeau longtemps encore après la guerre, j’éprouve une tristesse et une douleur profondes. »
Plusieurs élus nationaux refusèrent de venir accueillir le prince héritier et son épouse. Pendant la cérémonie d’ouverture du festival national des sports, un certain nombre de personnes restèrent assises, silencieuses, au moment de chanter l’hymne national et de lever le drapeau. Ce comportement, qu’on ne voyait quasiment plus sur l’archipel principal, souligne la profondeur des blessures de la bataille d’Okinawa. De nombreux habitants auraient aimé entendre l’empereur prononcer son discours en personne, des condoléances qui leur auraient permis de panser leurs plaies.
Hirohito n’a jamais renoncé à visiter l’île, répétant que « quand il serait guéri, il s’y rendrait le plus tôt possible ». Une visite fut étudiée au printemps 1988, six mois après son opération, mais n’eut pas lieu en raison des difficultés liées à sa santé et à sa sécurité.
Un message à Okinawa
Okinawa occupe tout autant les pensées du souverain actuel, qui s’est rendu onze fois sur l’île. On se souvient qu’il a rappelé à ses enfants « les quatre jours à ne jamais oublier » : celui de la fin de la guerre, du bombardement atomique à Hiroshima, puis à Nagasaki, et enfin le jour de la fin de la bataille d’Okinawa (le 23 juin).
Voici ce qu’il a déclaré en 1996, lors d’une conférence de presse : « J’espère que la question d’Okinawa sera suffisamment discutée par les gouvernements américain et japonais, et qu’elle débouchera sur une solution préservant le bonheur des habitants de l’île. » Dans la mesure où l’empereur ne peut se mêler de politique, il s’agit d’une déclaration forte, un appel nominatif aux deux gouvernements qui traduit son souci des habitants d’Okinawa. Cette année-là, après le viol d’une fillette par trois GI américains l’année précédente, un référendum avait été organisé dans la préfecture sur le réaménagement des bases militaires américaines, auquel 89 % des habitants avaient répondu favorablement.
L’empereur a également dit ceci à propos d’Okinawa qui, outre d’importants dommages lors de la guerre, est aussi resté sous administration américaine pendant vingt ans après la fin de l’occupation : « Je pense que connaître en détail l’histoire d’Okinawa est le devoir des habitants de tout le pays, face à ceux de l’île qui ont fait tout leur possible pour retourner dans le giron du Japon. »
Le dernier automne de l’ère Heisei a été marqué par l’élection d’un nouveau gouverneur de la préfecture d’Okinawa. Le problème des bases militaires américaines est toujours au cœur des questions qui secouent l’île qui a tant occupé les pensées de deux empereurs successifs. (Voir notre article lié)
(Photo de titre : l’empereur et l’impératrice assistent au dernier festival national des sports de leur règne, le 29 septembre 2018 à Fukui. Jiji Press)

