Susciter des attentes réalistes
Lorsqu’on adopte une perspective à long terme sur la vie, il est indéniable que la présence d’un partenaire est garante d’une amélioration en termes de sécurité et de soutien. Pourtant, chez bien des célibataires, hommes et femmes confondus, la compréhension des critères de la réussite en matière de mariage manque de réalisme. Ils pensent naïvement qu’il suffit de trouver un partenaire qui convient puis se marier et vivre ensuite une vie heureuse. Pour les femmes en particulier, il peut être difficile de prendre conscience de l’écart qui existe entre leur conception du mari idéal et le réservoir de célibataires disponibles.
D’après Mme Uekusa, la vision traditionnelle faisant du mari le soutien de famille reste un facteur déterminant des attentes du mariage. « Il y a désormais davantage de femmes qui ont des salaires élevés », explique-t-elle. « Mais inversement, beaucoup d’hommes candidats au mariage ont de faibles revenus annuels. Malgré tout, les gens élevés par des parents qui adhèrent au point de vue traditionnel selon lequel l’homme doit avoir une revenu annuel élevé, idéalement une fois et demie supérieure à celui de la femme, continuent de se démener pour s’accommoder de la réalité actuelle. Avec une telle façon de penser, se marier avec un homme au revenu faible est considéré comme un échec, une défaite et donnera une mauvaise image de l’épouse. Tant que perdurera cette vision archaïque du mariage, je pense que le pourcentage des célibataires va continuer d’augmenter. Si une femme a réussi à préserver jusqu’ici son indépendance financière, elle n’a aucune raison de se montrer trop pointilleuse sur le salaire de son futur mari. Une cliente avec qui j’ai parlé avait un revenu annuel de 7 millions de yens, mais elle tenait absolument à ce que celui de son mari ne soit pas inférieur à 12 millions. Je lui ai conseillé de se demander sincèrement si une telle exigence était vraiment indispensable. »
Mme Uekusa dit que, pour des raisons économiques, les hommes estiment de plus en plus que les femmes devraient continuer de travailler après le mariage et la naissance des enfants. Mais pour continuer sa vie active, une femme a bien entendu besoin que son mari partage avec elle les tâches ménagères. Or, dans la conception japonaise traditionnelle, les travaux du ménage incombent à la femme. « Cette idée est complètement dépassée », affirme haut et fort Mme Uekusa. C’est pour cette raison que son agence conseille aux hommes souhaitant se marier d’apprendre à faire la cuisine. (Lire notre article : Les femmes japonaises qui travaillent assument encore l’essentiel des tâches ménagères )
Toutefois, même si les couples changent de façon de penser, il est peu probable que leurs parents fassent de même. Mme Uekusa raconte qu’il arrive à peu près une fois par mois qu’un client rompe une promesse de mariage à cause d’une mère, en général celle de la femme, qui insiste pour que sa fille épouse un homme conforme à l’idéal démodé d’un conjoint obligatoirement « grand de taille, doté d’un bon niveau d’éducation et bien nanti financièrement ». Pour Mme Uekusa, il est clair que le pourcentage des célibataires baissera si les gens sont plus nombreux à contracter ce qu’elle appelle des « mariages de respect », dans lesquels une femme ayant un revenu annuel élevé et un homme dont le salaire est inférieur se respectent mutuellement.
