Les inquiétudes légitimes de l’empereur et de l’impératrice retirés

Quand une femme membre de la famille impériale se marie, elle perd son statut et devient une citoyenne japonaise ordinaire. À cette occasion, elle reçoit une somme de plus de 100 millions de yens (environ 840 000 euros) pour lui permettre de s’installer. Voilà aussi pourquoi le mariage de la princesse Mako fait l’objet de la plus grande attention et pourquoi les médias ne sont pas près de cesser de suivre l’affaire.

L’empereur retiré Akihito, qui a maintenant 86 ans, et son épouse, l’impératrice retirée Michiko, sont eux aussi préoccupés par ce problème qui n’en finit pas. La princesse Mako est leur première petite-fille. Et Akihito a dû avoir beaucoup de mal à supporter l’agitation suscitée par le report de son mariage à la fin de son règne. Certains vont même jusqu’à dire que la santé du couple impérial, déjà très âgé, en aurait été affectée.

À quand une femme sur le trône impérial ?

La polémique à propos des noces de la princesse Mako est par ailleurs en train d’influencer le débat en cours sur une éventuelle autorisation des femmes de la famille impériale à continuer à en faire partie après leur mariage et à fonder une branche collatérale, appelé josei miyake. Un changement crucial étant donné la diminution préoccupante de la taille de la famille impériale (voir notre article lié : Comment assurer la pérennité de la lignée impériale japonaise : un problème crucial).

En 2020, la Diète doit délibérer sur une proposition visant à donner l’accès au trône aux femmes et aux membres de la famille impériale de filiation matrilinéaire, ce qui impliquerait l’adoption du principe de primogéniture sans distinction de sexe. Elle doit aussi se prononcer sur le maintien des princesses dans la maison impériale après leur mariage et leur droit à créer un josei miyake.

L’idée de la possibilité de fonder une branche collatérale de la maison impériale a été conçue pour les petites filles de l’empereur retiré Akihito, à commencer par la princesse Mako, la première d’entre elles. Sa mise en application leur permettrait de seconder le souverain en place tout en limitant la réduction des activités de la maison impériale dont les rangs sont de plus en plus clairsemés. Si le système de succession en place avec une filiation exclusivement patrilinéaire continue et que leur jeune frère, le prince Hisahito accède au trône, ses sœurs pourraient ainsi lui apporter leur soutien.

Le débat sur la succession portera aussi sur la possibilité pour les époux des princesses impériales et leurs enfants de devenir des membres à part entière de la famille impériale. Mais la polémique autour du mariage de la princesse Mako risque fort d’envenimer les discussions autour du josei miyake et même de diviser l’opinion.

Le mariage de la princesse Mako et de Komuro Kei relève du choix personnel des deux intéressés et de la famille du prince Akishino. C’est une décision importante non seulement pour les deux jeunes gens mais aussi pour la maison impériale au moment où elle fait son entrée dans une nouvelle ère . Les Japonais espèrent en tout cas que la situation va se dénouer rapidement en mettant fin à une interminable attente qui dure déjà depuis deux ans.

(Photo de titre : la princesse Mako au moment où elle est pénètre dans le palais impérial, le 22 octobre 2019, jour de l’intronisation du nouvel empereur Naruhito. Jiji Press)