Tokyo manque de routes efficaces
Le professeur Ôguchi imagine un scénario qui pourrait se produire sur les routes de Tokyo pendant les Jeux olympiques : « Au Japon, l’approche de base consiste à établir le nombre minimum de voies nécessaires pour que le trafic soit fluide. Sont considérées comme efficaces les routes où le trafic est à la fois dense et fluide sur chaque voie. Mais ce genre de situation est très stressant pour les conducteurs. Puisque certaines voies seront réservées pour les véhicules prioritaires des Jeux olympiques, les voitures ordinaires devront se contenter de moins d’espace que d’habitude sur la chaussée. Les embouteillages seront donc inévitables. Si l’accès routier est restreint dans les zones autour du stade olympique pour laisser passer les athlètes et les organisateurs, les routes menant au stade deviendront saturées, formant des embouteillages. Et si la même chose se produit sur d’autres axes à proximité, un arrêt de total de la circulation semblable à celui du 11 mars pourrait avoir lieu. »
Quelles sont les mesures qui peuvent être prises pour pallier le problème ?
« Les embouteillages à Tokyo sont souvent dus aux activités professionnelles, comme les livraisons et les visites commerciales, poursuit le professeur. Toutefois, empêcher les entreprises d’utiliser les routes pendant les Jeux nuirait à l’économie. Par conséquent, des mesures de réduction du trafic sont nécessaires pour éviter l’encombrement des voies. Par exemple, les commerçants qui stockent généralement des marchandises pour une journée peuvent en commander pour trois jours, ou encore modifier les heures de livraison, habituellement fixées au matin, en soirée. Demander la coopération des entreprises contribuera à réduire le trafic à Tokyo aux heures de pointe. »
Les autorités envisagent de prendre des mesures pour contrôler le volume du trafic pendant les Jeux olympiques en modifiant les itinéraires et les horaires de livraison et en demandant aux habitants de se faire livrer leurs colis à des heures différentes. Il est également proposé de réduire le prix des péages de la Shuto Expressway de moitié de minuit à 4 heures du matin et d’imposer un supplément de 1 000 yens entre 6 heures et 22 heures.
En planifiant ainsi à l’avance leurs déplacements, les entreprises peuvent s’épargner des complications. Cependant, une enquête menée en mars par la Chambre de commerce et d’industrie de Tokyo auprès de ses membres a révélé que si 5 % des interrogés avaient commencé à réfléchir à des mesures logistiques pour les livraisons et autres activités commerciales, 44,3 % avaient répondu n’avoir encore fait aucune préparation, même en étant conscient que c’était nécessaire...
Un héritage technologique pour l’avenir
Comme on a pu l’observer à Tokyo après le séisme du 11 mars, un très grand nombre de personnes tentant de rentrer chez elles en même temps génère le chaos dans les rues.
« En temps normal, il existe deux moyens de désengorger les réseaux routiers susceptibles d’être embouteillés », explique le Pr Ôguchi. « L’un consiste à faire en sorte que les véhicules empruntent d’autres itinéraires, où la circulation est moins dense. Cependant, ces routes secondaires ne sont pas toujours forcément dégagées, et même si elles le sont, le fait de contourner les axes encombrés suppose que les véhicules resteront plus longtemps sur les routes. En outre, d’autres problèmes de circulation pourraient aggraver la situation. »
« Les horaires décalés sont la deuxième solution : cela permettrait de réduire beaucoup plus efficacement les bouchons aux heures de début et de fin des événements sportifs, lorsque le trafic a le plus de probabilité d’augmenter. Si le flux de circulation peut être réparti sur une période de temps plus longue, il est fort probable que les embouteillages puissent être évités. »
Il recommande également le télétravail et d’éviter de se rendre au bureau pendant les compétitions.
« C’est une excellente occasion pour trouver des solutions à la question de la forte concentration d’entreprises à Tokyo. Nous ne devrions pas simplement encourager les gens à travailler chez eux, mais également conseiller aux entreprises de créer des succursales dans d’autres villes. Je suggérerais même aux entreprises d’envisager la fermeture de leur siège social à Tokyo pendant les Jeux olympiques. Ceci pourrait aussi servir d’essai pour se préparer à un séisme majeur dans la capitale. Si les entreprises ne subissent pas une baisse des ventes même si leur siège social à Tokyo est fermé, cela témoignerait de la force de l’économie japonaise. »
Les accidents et les mauvaises conditions météorologiques peuvent facilement perturber les services de transport ferroviaire, obligeant les utilisateurs à attendre dans de longues files d’attente pour un taxi ou un bus. M. Ôguchi met l’accent sur le fait que ce scénario pourrait se produire pendant les Jeux olympiques, et appelle les autorités à être prêtes à y faire face. « Que ce soit sur la route ou les chemins de fer, la première chose à faire en cas d’accident est de déterminer rapidement et avec précision ce qui est en train de se passer, affirme-t-il. La création d’un meilleur système d’informations en temps réel sur le trafic pourrait devenir un héritage technologique de ces Jeux olympiques. Dans les cas où les entreprises ferroviaires sont capables d’évaluer la situation, mais qu’il n’y a pas suffisamment de moyens de transport alternatifs disponibles, les sociétés peuvent organiser des projections publiques des Jeux olympiques afin de maintenir les utilisateurs occupés en attendant le retour à la normale. »
Pendant ce grand événement, il est important que celles et ceux vaquant à leurs occupations quotidiennes se tiennent au courant de l’état du trafic et évitent les périodes de saturation. Afin de ne pas être bloqués dans les routes, il faut éviter de se déplacer dans Tokyo autant que possible.
Au final, la meilleure solution serait...peut-être de rester chez soi et de regarder les Jeux olympiques et paralympiques à la télévision !
(Rédigé par Kuwahara Rika. Photos d’interviews par Imamura Takuma. Photo de titre : circulation bloquée près de Yotsuya à Tokyo après le Grand tremblement de terre de l’est du Japon du 11 mars 2011. Jiji Press)
