Un environnement politique en pleine mutation
À Kawaguchi, les citoyens jouent un rôle majeur dans la promotion de la coexistence avec leurs voisins non-japonais. Le complexe HLM Shibazono Danchi, où la majorité sont chinois, en est un bon exemple. Cependant, la ville se diversifie, avec des personnes de nationalités de plus en plus variées, engendrant des conflits concernant le traitement des déchets ou encore le bruit en raison de coutumes différentes. Lors des élections à la Chambre des conseillers qui ont eu lieu en juillet dernier, certains candidats ont tenu des propos qui pourraient être qualifiés de peu inclusifs pour les personnes de nationalité étrangère. Ôtsu Tsutomu, un nouveau candidat du parti Sanseitô, qui prône « Les Japonais d’abord », a remporté un siège représentant la préfecture de Saitama. Il a obtenu près de 42 000 voix à Kawaguchi, soit 16 % du total des suffrages exprimés et le score le plus élevé de la ville.
Nogawa Yoshiaki, directeur de l’École du soir, se dit inquiet de ce résultat : « Dans le contexte électoral, les discours haineux à l’égard des étrangers sont maintenant monnaie courante. »
Shibuya Jirô, enseignant de la Classe de japonais pour enfants de Kawaguchi, ajoute : « Au Japon, la main-d’œuvre n’est plus suffisante, le pays a donc besoin de travailleurs de l’étranger. Les problèmes auxquels le Japon fait face ne peuvent être résolus uniquement par le biais de mesures plus strictes réglementant les étrangers. Non, c’est beaucoup plus compliqué que cela. En fait, l’accent devrait bien au contraire être mis sur la garantie que les enfants des travailleurs étrangers reçoivent une éducation qui leur permettra de s’épanouir dans notre société. »
Cependant, malgré les inquiétudes concernant les discours haineux, les cours de japonais pour non natifs se poursuivent à Kawaguchi. Il y a des enfants qui ont besoin de cette aide. L’école cherche des moyens d’accueillir de nouveaux participants, japonais et non-japonais.
Aider les enfants kurdes à acquérir les compétences nécessaires en japonais
Parmi les résidents étrangers de Kawaguchi, les médias soulignent la présence d’une importante communauté de Kurdes qui ont dû fuir les violences ethniques en Turquie. Le gouvernement nippon ne leur accorde pas le statut de réfugié mais beaucoup d’entre eux sont en liberté provisoire pour raisons humanitaires après avoir été détenus dans des centres de rétention pour immigrés. Près de 400 enfants kurdes seraient dans cette situation à Kawaguchi. Komuro Keiko enseigne le japonais à 50 d’entre eux, âgés de 6 à 18 ans. Chaque cours est facturé 200 yens (1 euro), et Komuro compense elle-même la différence entre les revenus générés par les cours et les dépenses nécessaires. (Lire aussi : La communauté kurde dans le viseur des xénophobes de Saitama)
Récemment, elle a eu la sensation que l’attitude des citoyens envers cette rapide augmentation du nombre de résidents étrangers dans leur ville était en train d’évoluer. Selon elle, 10 % des résidents japonais à Kawaguchi pensent qu’ils devraient se rapprocher de leurs voisins étrangers, tandis que 20 % sont plutôt réfractaires à leur arrivée. Par ailleurs, une vaste majorité pense tout simplement que ce problème ne les concerne pas.
Komuro constate elle-même que les enfants kurdes deviennent de plus en plus indisciplinés et ont du mal à se concentrer. « Certains enfants font face à des difficultés doubles, ne maîtrisant ni le japonais ni leur propre langue. D’autres, en collège et lycée, n’ont pas suffisamment de vocabulaire et ont des difficultés d’expression, ce qui les découragent. »
Les étrangers en liberté provisoire n’ont que peu d’opportunités d’exercer une activité professionnelle, avec un accès limité aux prestations sociales. Pour certains, cette situation est catastrophique. Par le biais de sa classe de japonais, Komuro apporte son aide. « Je veux faire quelque chose avant que ces enfants ne commencent à avoir des comportements problématiques. Ils n’ont pas choisi de venir au Japon, mais je veux qu’ils aient une vie heureuse. »
Les bénévoles eux aussi ont besoin d’assistance
La professeure Tsuboya Mioko, de l’Université de la ville de Yokohama, explique : « Les cours de japonais locaux ont commencé à l’initiative de bénévoles et se sont peu à peu développés. Ils ont été d’une grande aide pour de nombreux enfants étrangers, leur permettant d’acquérir un niveau d’éducation supérieur. Par ailleurs, le nombre d’enfants étrangers au Japon a augmenté rapidement si bien que le nombre de bénévoles est devenu insuffisant. Afin que ces cours puissent continuer à venir en aide à de nombreux enfants, les autorités devraient apporter leur soutien aux bénévoles, notamment en leur accordant des fonds et des locaux pour qu’ils puissent enseigner, et les aider à créer des associations à but non lucratif afin de renforcer leur crédibilité. Des mesures devraient également être prises pour impliquer des personnes ayant des liens avec d’autres pays ou encore des étudiants, afin de former la génération de demain qui, à son tour, enseignera le japonais à ceux qui en ont besoin. »
(Photo de titre : affiches faisant la promotion de cours de japonais dans un établissement de Kawaguchi, préfecture de Saitama. Photo de Matsumoto Sôichi, Nippon.com. Toutes les autres photos : © Tanaka Keitarô, sauf mentions contraires)


