Faire la lumière sur les méthodes de la police
Aussitôt après le meurtre de l’affaire Tepco, je me suis rendu au Népal pour rencontrer les hommes qui vivaient dans le même logement que Govinda Prasad Mainali, à Tokyo. Durant ce voyage, j’ai découvert la preuve irréfutable que ce dernier avait été accusé à tort de ce crime.
Un de ses colocataires m’a en effet démontré que Govinda Prasad Mainali avait un alibi. Un autre m’a raconté qu’il avait été frappé par la police et que celle-ci lui avait trouvé un bon emploi en échange d’une déclaration accusant Govinda Prasad Mainali. Voilà comment la police a manié la carotte et le bâton pour faire du Népalais un meurtrier. J’ai vérifié les témoignages de ces hommes à mon retour au Japon. Celui qui affirmait avoir été frappé par la police pendant l’enquête m’avait confié les feuilles de soins qu’on lui avait remis à l’hôpital où il avait été soigné. Une visite m’a permis de confirmer qu’on l’avait bien traité pour des blessures dans cet établissement hospitalier. Je suis resté encore plus stupéfait quand j’ai découvert que, pour le faire taire, la police lui avait effectivement trouvé un travail chez un prêteur sur gages dont le patron était un ancien policier. La vérité est ainsi apparue au grand jour. La police a fait embaucher un Népalais en situation irrégulière bien qu’elle sache que, ce faisant, elle violait la Loi sur le contrôle de l’immigration et le droit des réfugiés.
J’ai contacté le prêteur sur gages en question en me faisant passer pour un client, mais curieusement il a mis la clef sous la porte sans laisser de traces dès le lendemain, peut-être parce qu’il se doutait que j’étais journaliste. En poursuivant cette enquête, j’ai parfois même eu peur pour ma vie.
La seule façon pour le Japon de mettre fin aux condamnations d’innocents par la justice, c’est de rendre les enquêtes de la police complètement transparentes et de donner entièrement accès aux pièces du dossier.
L’affaire du meurtre de l’employée de Tepco
Le 19 mars 1997, le corps sans vie d’une femme de 39 ans employée de l’entreprise Tepco a été découvert dans un appartement vide situé au rez-de-chaussée d’un immeuble de Maruyamachô, dans le quartier de Shibuya. La victime était morte étranglée dans la nuit du 8 mars, et 40 000 yens avaient été dérobés dans son sac. Un Népalais de 37 ans qui vivait dans l’appartement voisin et répondait au nom de Govinda Prasad Mainali a quitté les lieux pour éviter d’avoir des ennuis en tant qu’immigré en situation illégale. Mais dès qu’il a su qu’il était soupçonné du meurtre, il s’est présenté de lui-même à la police. Il a été inculpé une première pour violation de la Loi sur le contrôle de l’immigration et les droits des réfugiés, et une seconde pour meurtre et vol. Govinda Prasad Mainali a toujours clamé son innocence ce qui ne l’a pas empêché d’être condamné à la prison à vie sous prétexte qu’il était la seule personne susceptible d’être présente sur les lieux du crime et que ses déclarations n’étaient pas crédibles. Le jugement a été confirmé par la Cour suprême qui a rejeté l’appel du condamné.
Le 24 mars 2005, Govinda Prasad Mainali a interjeté appel et demandé un nouveau procès à la Haute cour de Tokyo. Le 7 juin 2012, cette même cour a annoncé qu’il y aurait un nouveau procès et décidé de le libérer. Dès sa sortie de la prison de Yokohama où il était incarcéré, Govinda Prasad Mainali a été emmené au Bureau de l’immigration du district de Yokohama puis expulsé du Japon pour infraction à la Loi sur le contrôle de l’immigration et les droits des réfugiés. Il est rentré au Népal le 16 juin.
(D’après un article en japonais du 11 juillet 2012. Photographie de titre : Govinda Prasad Mainali au moment de son retour au Népal, Jiji Press)