Faire les choses à la manière japonaise
Depuis quelques années, on entend dire que le Japon devrait, à l’instar de la Chine et de la Corée du Sud, « cibler » ses efforts sur quelques sports. Mais ces suggestions, qui ne servent qu’à renforcer le caractère national de la compétition, vont à l’encontre de l’esprit de la charte olympique.
Nous devons, me semble-t-il, accepter que le Japon ait sa propre façon de faire. Le patinage artistique masculin en offre une bonne illustration. Aux Jeux olympiques d’hiver de 2010, à Vancouver, Takahashi Daisuke a remporté la médaille de bronze. Les patineurs japonais participaient à cette épreuve depuis 1932, année des Jeux olympiques d’hiver de Lake Placid. Depuis cette date, le Japon a présenté 29 patineurs artistiques aux Jeux olympiques d’hiver, ceux de Vancouver y compris. Mais aucun d’entre eux n’avait ramené une médaille avant 2010. En prenant exemple sur la Chine et la Corée du Sud, on aurait parfaitement pu dire que le Japon aurait mieux fait de consacrer ses ressources à d’autres sports. Auquel cas l’exploit de Takahashi n’aurait jamais eu lieu.
Le Japon a semé la graine du succès et attendu 78 ans pour en cueillir le fruit. Il me semble que le sport japonais devrait en être fier.
Faire fructifier au mieux le succès du Japon
Mais revenons au score récent de 38 médailles. À mesure que les médailles pleuvaient en quelques jours — phénomène que les médias japonais ont baptisé « ruée vers les médailles » —, le pays tout entier a semblé galvanisé. Des voix se sont élevées au COJ pour exprimer l’espoir que ce score jouerait en faveur de Tokyo dans sa candidature pour accueillir les jeux de 2020.
Tokyo, Istanbul et Madrid sont les trois villes qui restent en lice pour héberger les jeux olympiques d’été en 2020. La décision finale interviendra en septembre 2013, lors de la réunion du Comité international olympique.
Istanbul s’est portée candidate pour tous les Jeux olympiques depuis l’année 2000. Cette tentative sera donc la cinquième et la capitale turque passe pour le grand favori. Si elle réussit, elle sera la première ville hôte située dans un pays musulman. Dans son cas, il y a toutefois des raisons de s’inquiéter, compte tenu du problème du maintien de l’ordre qui se pose. La Turquie partage en effet sa frontière méridionale avec la Syrie, ravagée à l’heure actuelle par la guerre civile. À moins que la situation ne s’améliore d’ici l’année prochaine, la sécurité est vouée à constituer une préoccupation majeure pour les membres du CIO au moment de voter.
En ce qui concerne Madrid, le principal point d’interrogation concerne la santé de l’économie nationale. Tout le monde se souvient des Jeux olympiques d’Athènes, en 2004, et de l’effet dévastateur que les dépenses excessives ont eu sur les finances publiques de la Grèce.
Qu’en est-il de Tokyo ? Un sondage d’opinion indépendant mené par le CIO dans chacune des trois villes candidates a estimé le soutien du public à 73 % à Istanbul, 78 % à Madrid et 47 % à Tokyo(*2). Il semble que les Japonais eux-mêmes ne voient pas vraiment pourquoi les Jeux olympiques devraient se dérouler pour la seconde fois chez eux.
Ni Noda Yoshihiko ni Ishihara Shintarô, respectivement premier ministre du Japon et gouverneur de Tokyo, ne se sont rendus à Londres pour la cérémonie d’ouverture. Si les hommes politiques sont vraiment convaincus que les Jeux olympiques doivent se tenir à Tokyo, ils doivent être les premiers à donner l’exemple. Le COJ a le devoir de faire fructifier le succès remporté à Londres par les athlètes japonais, et c’est maintenant qu’il doit agir.(20 août 2012)
Image du bandeau : les médaillés japonais des Jeux olympiques de Londres lors d’une conférence de presse donnée à Tokyo le 14 août 2012. Photo : Sankei Shimbun.
(*1) ^ Techniquement parlant, l’hébergement des Jeux olympique incombe à une ville et non à un pays. Mais en réalité, l’évènement ne pourrait pas avoir lieu sans un soutien à l’échelle de la nation.
(*2) ^ Comité international olympique. Rapport du groupe de travail 2020 / Jeux de la XXXIIe Olympiade, 5 avril 2012.