La crise de la famille du prince héritier et succession au trône
La question de la succession impériale est étroitement liée à la crise de la maison du prince héritier.
La princesse héritière Masako (49 ans), qui a avant son mariage étudié à Harvard et à Oxford, et a été employée au ministère des Affaires étrangères, a donné naissance à la princesse Aiko après 8 ans de mariage avec le prince héritier Naruhito. Mais le couple princier n’a pas eu de garçon. La princesse Masako a été la cible de critiques de la part des médias dès l’époque où elle n’était qu’une des candidates potentielles à des fiançailles avec le prince. Après son mariage, elle a éprouvé des difficultés à s’adapter aux vieilles coutumes de la maison impériale, et la pression pour accoucher d’un garçon a été constante. L'état de santé de la princesse s’est détérioré jusqu’à ce qu’elle soit diagnostiquée souffrante de troubles d’adaptation.
Son médecin traitant lui conseillant de donner la priorité à des activités privées, elle est quasiment toujours absente des cérémonies impériales et déplacements officiels en province, ainsi qu’aux rituels où sa présence est en principe requise en tant qu’épouse du prince héritier, alors même qu’elle est très active pour ses divertissements privés. En outre, la princesse héritière Masako a pendant un an et demi accompagné chaque jour son enfant, la princesse Aiko, à l’école primaire du Gakushûin, où sont traditionnellement scolarisés tous les enfants de la famille impériale, pour la raison que « la princesse Aiko avait peur de certains camarades violents dans sa classe ». Cette conduite a été critiquée comme extravagante.
Le plus sérieux est la perturbation des relations entre le couple princier et le couple de l’empereur et l’impératrice. La princesse héritière Masako fréquente très peu le couple impérial, préférant passer du temps dans sa famille paternelle. En contraste, la famille du prince Fumihito d'Akishino, second dans l’ordre successoral, sont souvent présents aux côtés de l’empereur et de l’impératrice avec lesquels le prince d’Akishino, son épouse et leur fils Hisahito sont en relations intimes et qu’ils soutiennent dans la conduite des cérémonies officielles et rites traditionnels, ce qui n’empêche pas le prince d’Akishino de poursuivre activement une activité de recherche universitaire.
Le prince héritier et la princesse fêteront en 2013 leurs 20 ans de mariage. Octobre 2012 a également marqué la dixième année du retrait de la princesse Masako de quasiment toute activité officielle pour cause de fatigue psychologique. Son expérience en tant que future impératrice est donc pauvre. Si au début la princesse a bénéficié de la compassion de l’opinion publique, qui imaginait bien « les difficultés qu’elle devait rencontrer dans le contexte suranné de la famille impériale », la pression s’est faite de plus en plus forte de la part de la presse magazine, qui s’est mis à critiquer de plus en plus le couple princier, que l’on voyait non seulement peu présent aux activités traditionnelles et rituelles, mais par contre très actifs à ses divertissements privés. Certains commentateurs ont même commencé à recommander que le prince divorce, ou renonce à la succession du trône.
Le projet Noda de permettre aux femmes de demeurer sous le statut de membre de la famille impériale à vie répondait à deux objectifs : laisser la porte ouverte à la possibilité d’accepter un empereur femme ou de lignée matrilinéaire d’un côté, et permettre le futur « empereur Hisahito » de se faire assister par ses deux sœurs. Le futur de la maison impériale passera-t-il par la branche de l’actuel prince héritier ou par la branche cadette du prince d’Akishino, tel est le problème délicat qui se pose.
L’avenir de la nation comme dispositif de stabilité
Déjà que le Japon a du mal à retrouver son souffle sous la pression du déficit budgétaire et de la stagnation économique qui se prolonge, qui s’ajoute l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi et le séisme, les tensions des problèmes territoriaux avec la Chine, la Corée du Sud et la Russie, il se retrouve aujourd’hui face au danger d’une « crise nationale ».
Ce sont les atermoiements du Parti démocrate devant cette crise qui l’a obligé à dissoudre la chambre des représentants, ce qui lui fait reperdre le pouvoir en décembre 2012 face au Parti libéral-démocrate qu’il avait pourtant battu lors d’une victoire historique trois ans plus tôt. La défiance de l’opinion publique devant les partis institutionnels fait le lit de la montée en puissance d’une « troisième voie » politique (en fait constituée essentiellement de conservateurs) qui appelle à une réforme politique. Le pays, qui a atteint le statut de grande puissance économique dans le cadre institutionnel de la Constitution pacifiste établi suite à la défaite de la dernière guerre, est en train d’aborder l’un des virages les plus périlleux de son histoire.
Le risque de dérive de la maison impériale, qui fonde sa pérennité sur la tradition mais également sur son regard international, dont on attend qu’elle joue un rôle de stabilisateur et de support moral du peuple, fait peser une inquiétude sur la nation tout entière.
N.B. Les âges s’entendent à la date du 1er janvier 2013.
(Adapté d’un article rédigé le 19 novembre 2012, photo de titre : Sankei Shimbun)