Trois prescriptions pour diminuer l’impact de ces investissements sur les finances publiques

Le Japon est dans une situation grave, mais il existe des méthodes efficaces pour la surmonter.

La première, c’est de faire une priorité des investissements de rénovation, d’exploitation et maintenance, tout en restreignant les investissements dans des nouveaux projets. Etant donné que 90 % des infrastructures appartiennent aux collectivités locales et non à l’Etat, cette idée peut se mettre en pratique simplement : il suffirait d’en faire une condition du versement de la dotation globale ou des subventions.

Promettre de nouveaux investissements s’est avéré un bon argument électoral pour les dirigeants des collectivités locales ou les membres de leurs instances délibératives. Mais les citoyens, s’ils savaient qu’il est actuellement impossible d’entretenir les infrastructures existantes, comprendraient que ce n’est pas le moment d’espérer de nouvelles routes ou équipements collectifs. Une enquête d’opinion effectuée dans cinq collectivités locales dans laquelle les habitants étaient invités à s’exprimer après avoir eu des explications sur les difficultés financières et le vieillissement des infrastructures, a montré que les citoyens étaient à plus de 80 % favorables à la limitation des nouveaux investissements.

La deuxième méthode est liée à l’intérêt de rendre polyvalents les équipements publics que sont les écoles. Aujourd’hui, chaque quartier dispose d’une école, d’une crèche, d’un jardin d’enfants, d’un hall de quartier, d’un lieu de rassemblement, d’une bibliothèque de quartier, d’un centre de jour pour personnes âgées. Tous ces équipements publics sont en principe logés dans des bâtiments séparés, construits avec l’argent public, qui ont chacun leur parties communes (parking, entrée, bureau, propres toilettes, escaliers et couloirs). Si dorénavant, chaque fois qu’une école est reconstruite, on regroupait ces équipement dans le même bâtiment que l’école, en les transformant en locataires, ils n’auraient plus besoin de parties communes propres à chacun. Au moment de planifier la construction des écoles, il faudrait veiller à ne pas décider des spécifications de chaque espace public hébergé, et faire en sorte que le bâtiment puisse s’adapter aux changements qui interviendront à l’avenir dans la démographie locale et dans les besoins. L’approche open building, déjà établie dans le domaine architectural, sera utile à cet égard.

La troisième méthode mise sur l’efficacité de la gestion de sécurité préventive pour les routes, les ponts, les tunnels, et les réseaux d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Aujourd’hui la gestion de la sécurité de ces infrastructures qui appartiennent aux collectivités locales est principalement réparatrice, c'est-à-dire qu’elle est réactive, et n’agit qu’une fois qu'un problème est apparu. Passer à un système de gestion de sécurité préventive signifie passer à un système qui veille à ce que les problèmes eux-mêmes ne se produisent pas. Cela entraîne une dépense préventive, mais étant donné que cette dépense permet en principe de réelles économies par rapport aux frais qu’entraîne une gestion de sécurité réparatrice, le coût sur la durée de vie de l’infrastructure est moins élevé. Externaliser cette tâche auprès d’une entreprise privée spécialisée est une solution appropriée car une gestion quotidienne de la sécurité est essentielle. De plus, afin de réaliser des économies d’échelles, il est préférable que cette gestion soit faite globalement, au niveau de toutes les infrastructures d’une zone. La technologie qui permet de détecter facilement les cavités souterraines qui peuvent conduire à un affaissement, par exemple, est aujourd’hui une réalité.

La mise en œuvre des méthodes décrites ci-dessus permettra de préserver la qualité des services publics en faisant baisser de 30 à 40 % les coûts d’entretien. Aujourd’hui, le Japon a besoin de réviser la conception qui a prévalu de la période de forte croissance jusqu’à celle de la bulle, selon laquelle la prospérité se traduisait par des infrastructures en abondance, même si cela pesait lourd sur les finances publiques, et de parvenir à la sagesse, c’est-à-dire disposer d’infrastructures intelligentes et de haute qualité, sans que cela ne pèse sur les finances publiques. Cette sagesse est proche de la vertu de la modestie que les Japonais cultivaient jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Les pays nouvellement développés d’Asie et d’Afrique partagent le problème du vieillissement des infrastructures avec le Japon. Ironiquement, plus la croissance de l’économie est rapide, plus le problème sera sévère. Réagir de manière appropriée à cette question signifie aussi traiter un problème qui ne pourra qu’avoir de graves répercussions dans le monde à l’avenir.

(D’après un original écrit en japonais le 14 janvier 2013.)