Prix élevés du riz et produits financiers attractifs
Tous les Japonais peuvent adhérer à la branche locale du JA en tant que membres « associés » (jun kumiai-in). Ce statut ne les autorise pas à participer au processus de prise de décisions, mais ils ont accès aux différents services que propose le JA. Celui-ci est la seule coopérative du pays qui bénéficie d’un tel système.
Pour gonfler les rangs de ses membres associés, le JA a mis à leur disposition des prêts pour achats de logements ou de véhicules et des assurances à des conditions attractives. Si les effectifs des adhérents au JA ont augmenté malgré la baisse du nombre des agriculteurs, c’est grâce à la prolifération des membres associés.
Le JA a choisi d’apporter son soutien à un grand nombre de petites exploitations plutôt qu’à un petit nombre de grandes exploitations. Il s’est procuré de cette façon des fonds grâce auxquels il a établi son réseau des membres associés et, par le poids du nombre ainsi réuni, il s‘est assuré de l’énorme influence politique qu’il exerce aujourd’hui. En fait, ce sont les prix élevés du riz qui ont permis aux rouages de la machine de continuer de fonctionner.
La mise en place des circonscriptions à siège unique pour les élections à la Chambre basse, introduite dans le cadre des réformes électorales de 1994, a elle aussi tourné à l’avantage du JA. Comparé au scrutin à sièges multiples qui prévalait jusque-là, cette nouvelle formule a accru l’effet de levier des suffrages du fait que, lorsque deux candidats sont en lice pour un siège unique, le déplacement de 1 % des suffrages vers l’un d’entre eux crée avec l’autre un écart de 2 %. Il est difficile de se défendre contre ce phénomène. À mesure de la diminution de la population agricole, le JA peut certes perdre la capacité de faire élire ses candidats préférés, mais il conserve celle d’écarter les candidats dont il ne veut pas.
Des fondations qui s’effritent ?
La participation au TPP va entraîner la suppression des droits de douane appliqués aux importations de riz — qui atteignent aujourd’hui 778 % — et par voie de conséquence la baisse des prix, si bien que les recettes des redevances prélevées par le JA sur les ventes de riz vont diminuer. Cela menace de tarir l’une des sources du succès de l’organisation, qui va en outre subir des pertes supplémentaires du fait de l’abolition des taxes à l’importation appliquées à d’autres produits.
Le JA a exercé des pressions sur la commission TPP du PLD pour obtenir que le gouvernement exclue des négociations en vue de supprimer les taxes sur l’importation le riz, le blé, le bœuf, le porc, les produits laitiers et diverses ingrédients d’origine agricole intervenant dans la fabrication du sucre et autres adoucisseurs. La commission TPP a déclaré que le gouvernement devait se préparer à se retirer des négociations si cette demande ne pouvait être satisfaite. À la Chambre haute comme à la Chambre basse de la Diète, les commissions de l’agriculture, des forêts et de la pêche ont elles aussi adopté cette position.
Mais les exceptions demandées par le Japon sont inacceptables pour les pays participant aux négociations du TPP, qui veulent parvenir à un accord de libre-échange sérieux et de haut niveau. La vocation naturelle du Partenariat transpacifique est d’encourager le libre-échange et l’investissement. Le Japon ne peut pas y participer s’il choisit de maintenir ses exigences.
Le retour de bâton
Voyons ce qu’entraînerait le maintien des taxes à l’importation. Les grandes entreprises seraient en mesure de délocaliser leurs usines vers différentes parties de la région couverte par le TPP et d’exporter vers les pays adhérant à cet accord sans payer de taxes. En revanche, les petites et moyennes entreprises, qui ne peuvent se permettre de délocaliser leurs opérations, seraient dans l’obligation de payer des droits de douane sur les produits qu’elles exportent. Elles souffriraient donc de conditions concurrentielles défavorables qui les excluraient de fait des échanges au sein de la gigantesque région que constitue l’Asie-Pacifique. Il faudrait alors s’attendre à des pertes d’emplois au Japon.
En janvier de cette année, le comité consultatif sur la déréglementation mis en place par le gouvernement a commencé à envisager l’idée d’une réforme en vue de séparer les activités du JA liées à la banque et à l’assurance et de supprimer l’exemption des lois anti-trust dont il bénéficie. Le JA se trouve donc acculé au pied du mur.
S’il obtient gain de cause et que le Japon ne participe pas au TPP, il risque de s’attirer la colère des citoyens ordinaires, notamment ceux qui travaillent dans de petites entreprises ; ce qui, en retour, pourrait annoncer le début de sa fin. Si cela se produit, les entreprises et les politiques agricoles vont probablement se trouver libérées des chaînes qui les entravaient depuis si longtemps.
(D’après un original écrit en japonais le 14 mai 2013)