Une sanction redoutable : la chute brutale des cours du pétrole et du gaz naturel
En fait, la sanction contre la Russie la plus efficace et la moins problématique consisterait à faire chuter les cours mondiaux du pétrole et du gaz naturel. L’effondrement de l’Union soviétique, en 1991, a été déclenché par la décision prise en 1985 par l’Arabie Saoudite d’augmenter massivement sa production de pétrole et par la chute brutale du prix du baril à un tiers de sa valeur précédente — de 25 dollars (18,04 euros) le baril en 1985 à moins de 10 dollars (7,21 euros) en 1986 — qui en a résulté. À l’heure actuelle, le prix du baril de pétrole brut se situe autour de 110 dollars (79, 45 euros). Il suffirait de le laisser baisser jusqu’aux environs de 80 dollars (57,78 euros) pour porter un coup sévère aux finances russes, faire chuter le rouble, aggraver l’inflation et par voie de conséquence encourager l’agitation sociale en Russie, mais sans pour autant affecter la production de pétrole de schiste des États-Unis. Pour l’Arabie Saoudite, en rivalité avec l’Iran et de ce fait favorable à la chute de Bachar el-Assad, ce serait une excellente occasion de faire pression sur la Russie qui soutient quant à elle le président syrien. Et en Irak, où les Shiites iraniens sont en train de monter en puissance, les populations kurdes des zones productrices de pétrole du nord du pays pourraient fort bien organiser un référendum, proclamer leur indépendance et augmenter leur production de pétrole de façon considérable.
Nul ne sait combien de temps le différend entre la Russie et les pays occidentaux va continuer. Au moment de la guerre russo-géorgienne de 2008, les États-Unis et la Russie ont annoncé la reprise de leurs relations à peine six mois après la fin du conflit. Et il y a fort à parier que les USA essaieront de se réconcilier rapidement avec Moscou, au cas où la Chine s’aviserait de se lancer dans des interventions intempestives en mer de Chine méridionale ou dans la zone des îles Senkaku — situées au sud d’Okinawa et au nord de Taiwan, dans la mer de Chine orientale. Mais si les rapports entre Washington et Moscou restent tendus, le Japon doit s’attendre à des actions de la part de la Russie et de la Corée au nord de l’Archipel, et en provenance de la Chine, au sud. Dans ce cas, la situation sécuritaire de l’Archipel sera bien pire que durant la Guerre froide où seul le nord du pays avait besoin d’être défendu. Et si les États-Unis sont contraints d’accroître leur présence militaire en Europe, les forces d’autodéfense japonaises devront augmenter de façon conséquente leur puissance militaire. Les agissements des Russes en Crimée et dans l’est de l’Ukraine annoncent l’avènement d’une « période de non-droit international » dont il faut anticiper les conséquences. Le Japon doit renforcer sa défense dans la zone des îles Senkaku. Il faut aussi qu’il s’efforce d’améliorer la situation économique et sociale d’Okinawa et des autres îles situées au sud de Kyûshû afin d’éviter toute manœuvre de la part de la Chine ou d’autres puissances extérieures, qui pourrait consister, par exemple, à organiser un mouvement en faveur d’un référendum sur l’indépendance.
Par ailleurs, on doit s’attendre à ce que les prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié en provenance du Moyen Orient et d’autres régions du monde augmentent si l’Europe limite ses importations de pétrole et de gaz naturel fournies par la Russie. Il faudra aussi beaucoup de temps avant la mise en place des infrastructures et du cadre légal qui permettront aux États-Unis de se lancer dans des exportations de pétrole et de gaz de schiste à grande échelle. Le Japon va, quant à lui, devoir remettre en route un minimum de centrales nucléaires après leur avoir fait subir des contrôles de sécurité complets et s’être assuré de la mise en place de systèmes appropriés pour gérer d’éventuels accidents. Dans le même temps, il doit aussi prévoir l’avenir, en planifiant, entre autres, la suppression des réacteurs nucléaires actuels au cours des vingt années à venir, le développement de réacteurs nucléaires fonctionnant avec du thorium et la mise en service de centrales au charbon.