Promouvoir l’emploi au-delà de 60 ans
L’emploi des travailleurs âgés constitue un autre point de mire de la politique de l’emploi au Japon. La population japonaise en âge de travailler – définie comme l’ensemble des personnes âgées de 15 ans et plus — compte actuellement 110 millions d’individus, dont pas moins de 32 millions ont passé le cap des 65 ans. Si la population plus jeune doit continuer de diminuer conformément aux prévisions, la seule solution pour repousser le spectre des pénuries chroniques de main-d’œuvre consistera à faire appel aux ressources sous-utilisées. Ce qui veut dire, non seulement multiplier les opportunités de travail pour les femmes, mais encore créer une société où les séniors puissent continuer de travailler aussi longtemps qu’ils le souhaitent ou qu’ils en sont capables.
La figure 3 montre l’évolution du taux d’emploi dans les tranches d’âge 60-64 et 65-69 ans de 1968 à nos jours.
Pendant les années 1960, quand l’agriculture, les forêts et la pêche continuaient d’employer un pourcentage relativement élevé de la population active, le taux d’emploi des Japonais âgés de 60 à 64 ans approchait les 60 %. Mais, avec la mutation des modes de production opérée pendant la période de croissance économique rapide, de plus en plus de gens ont pris des emplois assujettis à un départ obligatoire à la retraite. Ce départ ayant été fixé à 55 ans par la plupart des entreprises, il en a résulté une baisse continue de la courbe du taux d’emploi des séniors.
En 1986, la Diète a adopté des textes de loi encourageant les sociétés à porter l’âge du départ à la retraite à 60 ans, et ces mesures ont alimenté une hausse temporaire du taux d’emploi chez les séniors au début des années 1990. Mais les tendances préexistantes n’ont pas tarder à se réaffirmer et, en 2004, seule une personne sur trois dans la tranche des 65-69 ans était encore active.
Entre temps, le gouvernement japonais a entrepris de faire progressivement passer de 60 à 65 ans l’âge minimum requis pour avoir droit aux prestations de retraite des salariés, selon un processus dont le terme est fixé à l’horizon 2030. Depuis 2012, les employeurs sont tenus par la loi d’offrir à leurs employés réguliers qui sont arrivés à l’âge de la retraite et souhaitent continuer de travailler des possibilités de prolongation d’emploi jusqu’à 65 ans. En 2013, le taux d’emploi chez les 60-64 ans avait retrouvé les niveaux qu’il connaissait au début des années 1960, et on peut s’attendre à ce que la tendance à la progression de l’emploi se maintienne dans cette tranche d’âge.
Mettre la génération du baby-boom au travail
L’étape suivante devra consister à développer l’emploi dans la tranche d’âge des 65-69 ans. Si le Japon souhaite préserver à long terme la santé de son régime de retraite, il n’a pas d’autre choix que de relever l’âge minimal de départ à la retraite tout en abaissant le niveau des prestations. Cela veut dire créer un environnement au sein duquel les personnes âgées de 65 à 69 ans puissent tirer un revenu du travail. Heureusement, le graphique ci-dessus nous donne à voir une courbe de l’emploi ascendante dans cette tranche d’âges, dont près de 40 % des membres avaient un emploi en 2013.
Si l’objectif est que le travail devienne la norme chez les Japonais âgés de 65 à 69 ans, la clé de la réussite est entre les mains des membres de la génération du baby-boom, nés entre 1947 et 1949. En dépit de son âge, cette génération constitue un segment vaste et influent de la population japonaise. Les statistiques officielles nous apprennent que la cohorte des personnes nées entre 1946 et 1950 compte actuellement 10 millions de membres, un chiffre supérieur d’environ 2,5 millions à celui des personnes nées entre 1981 et 1985 (qui sont encore au début de la trentaine). Avec le temps, la viabilité à long terme du régime de sécurité social et l’équilibre du budget de la nation vont dépendre de la volonté et de la capacité des personnes du premier groupe à continuer de travailler jusqu’à la fin de la soixantaine, plutôt que d’opter massivement pour la retraite en comptant sur leurs pensions pour subvenir à leurs besoins pendant quelques années.
Pour encourager cette tendance chez les séniors, on pourrait par exemple jouer sur les incitations économiques au travail. Dans le cadre du régime de retraite actuellement en vigueur au Japon, les personnes âgées de 65 à 70 ans dont le revenu cumulé des salaires et des pensions dépasse 460 000 yens par mois sont assujetties à une réduction des prestations. Toutefois, pour garantir que l’emploi n’entraîne pas une perte nette de revenu, le montant déduit des prestations est limité à 100 yens pour chaque tranche de 200 yens perçus au-delà de la limite. Le gouvernement doit continuer d’intégrer des incitations de ce genre dans le régime de retraite tout en encourageant l’embauche des séniors. S’il parvient à se doter de politiques de l’emploi et de la sécurité sociale intelligentes et adaptées au vieillissement rapide de la population, le Japon pourra offrir un précieux modèle à toutes les sociétés où la démographie suit la même tendance.
(D’après l’original écrit en japonais le 28 novembre 2014. Photo de titre : Jiji Press)
