L’audiovisuel considéré comme un secteur sans avenir
Sous la direction de Hirai, Sony a réparti ses activités en trois domaines correspondant à trois critères : (1) la croissance, (2) la stabilité des recettes et (3) le contrôle des risques commerciaux. Les jeux vidéo et le contenu, qui relèvent du premier domaine, sont conçus comme les piliers de la stratégie de croissance (augmentation des ventes et des profits fondée sur la concentration de l’investissement). L’activité audiovisuelle, dont le potentiel de croissance est considéré comme faible, se répartit quant à elle entre les domaines (2) et (3). C’est ainsi que les cibles adoptées pour l’audiovisuel dans le cadre du programme de trois ans qui commence avec l’exercice budgétaire 2015 ont été établies en dessous des niveaux de 2014 pour chacune des trois années du programme.
En ce qui concerne les produits classés dans le domaine (2), tels que le baladeur Walkman et d’autres produits audio, ainsi que le caméscope et les appareils photos numériques, ils ont été considérés comme des activités devant être divisées et destinées à assurer la production de recettes au moyen des ressources existantes sans investissement à grande échelle. Hirai a justifié cette stratégie des divisions catégorielles en disant qu’elle allait « accélérer le processus décisionnel en réduisant les couches organisationnelles et, par voie de conséquence, en clarifiant la responsabilité dans les résultats », mais rares sont les représentants des médias et de l’industrie qui ont fait cette lecture des initiatives de la société.
À mesure que Sony se montrait enclin à fermer ou à vendre des départements dont les résultats étaient médiocres, les observateurs en ont déduit que la société était en train de se disloquer. Cette conclusion allait de soi, d’autant que la société avait laissé clairement savoir qu’elle n’excluait pas la possibilité de mettre un terme à ses activités dans le domaine des appareils mobiles, qui inclut les smartphones, ou dans celui des téléviseurs. Bref, Sony s’est engagé dans un processus qui pourrait mener à la liquidation de son activité audiovisuelle.
Miser sur les jeux et les contenus
Sachant que le marché de l’électronique grand public se réduit d’année en année, il semble que Hirai et les autres dirigeants de Sony qui estiment que les perspectives de l’activité audiovisuelle sont limitées ont de bonnes raisons de le faire. Au vu de cette situation, il m’apparaît que la bonne réaction devrait consister à mettre sur pied un nouveau genre d’activité audiovisuelle susceptible d’ouvrir de nouveaux marchés. Mais tout porte à croire que les dirigeants de Sony ne partagent pas ce point de vue.
Dans le même temps, peut-on dire que le département des jeux vidéo et des contenus ait beaucoup d’avenir ? Certes, la PlayStation 4 se vend bien aux États-Unis et incarne le courant dominant des consoles de jeux en Amérique du Nord, mais en Chine et sur d’autres marchés en émergence rapide, la majorité des jeux vidéo se jouent sur des smartphones.
À l’heure où Hollywood a de plus en plus de mal à produire des films à succès, la position de Sony dans le secteur du cinéma n’est pas non plus brillante.
Une chose est sûre en tout cas, c’est que, quand bien même Sony parviendrait à sortir un produit moyennement novateur, l’entreprise n’est plus en mesure de mettre au point le genre de produits audiovisuels qui tirent les marchés vers l’avant. Il y a peu d’espoir, semble-t-il, d’un retour de l’âge d’or qu’elle a connu à l’époque où le baladeur Walkman était roi.
Le dilemme auquel Sony se trouve confronté ne lui appartient pas en propre : le marasme de l’électronique grand public affecte également Panasonic et Sharp. Panasonic a du mal à se reconstruire sur la base des transactions entre entreprises, tandis que Sharp se bat pour se remettre à flot grâce à ses écrans à cristaux liquides. Pour ces sociétés japonaises, la situation actuelle ressemble à celle qu’ont connue des fabricants européens et américains d’électronique grand public tels que le Français Thomson, le Hollandais Philips et l’Américain RCA quand ils se sont retirés du secteur – chassés du marché par leurs équivalents japonais alors en plein essor.
Aujourd’hui, ce sont les fabricants chinois qui évincent les sociétés japonaises jadis dominantes. À l’instar de leurs homologues européennes et américaines, les sociétés japonaises d’électronique ont laissé passer l’occasion de jeter les fondations de nouvelles activités à l’époque où elles régnaient sur les marchés, dont elles étaient les acteurs les plus puissants et les plus avancés sur le plan technique. Elles payent désormais le prix de leur carence.
(Photo de titre : le président Hirai Kazuo en train d’expliquer la stratégie d’entreprise de Sony lors d’une conférence donnée à Tokyo le 18 février 2015. Jiji Press.)