Le règne triomphant de l’économie
Après cet exposé objectif de la situation, j’aimerais proposer mon point de vue personnel sur la ligne de conduite du Japon face au problème du changement climatique.
Au Japon, depuis le tout début des négociations en vue de la CCNUCC (adoptée en 1992), le débat sur l’engagement de la nation dans le combat contre le changement climatique a tendance à accorder la priorité aux intérêts économiques. Seules sont prises en considération les actions dont il est certain que l’impact sur les affaires et les consommateurs restera limité. Dans le dernier programme, au lieu de prendre résolument des initiatives allant dans le sens d’un virage vers une structure industrielle plus respectueuse de l’environnement, le gouvernement s’est préoccupé avant tout d’empêcher les prix de l’électricité de grimper, et il a persisté à raisonner de bas en haut, secteur par secteur, pour se fixer un objectif de réduction des émissions.
La seule exception à cette focalisation du gouvernement sur la protection des intérêts économiques réside dans les espoirs plutôt ambitieux qu’il place sur l’efficacité énergétique, qui a le potentiel nécessaire pour devenir un moteur de la transition de l’économie japonaise vers un modèle plus respectueux de l’environnement.
Il n’en reste pas moins clair que le Japon a renoncé à sa noble ambition – souvent exprimée pendant la période des négociations du Protocole de Kyoto – de devenir l’un des leaders mondiaux de la protection de l’environnement. Dans le monde des affaires, l’idée que des engagements puissent être pris qui le contraindraient à multiplier ses projets de réduction des émissions ou ses achats à l’étranger suscite la méfiance. Bref, il existe une grande contradiction entre la force économique du Japon – considérable en termes d’avoirs extérieurs, d’investissement à l’étranger et de capacité technologique – et sa contribution à la protection de l’environnement mondial.
Le Japon ne compte aucun secteur d’activité dont l’essor repose sur un avantage comparatif acquis grâce à l’utilisation d’énergie bon marché. La haute idée qu’ils se font de monozukuri (le savoir-faire dans le domaine de la fabrication) contraint les Japonais à adopter une approche à forte intensité de connaissance, et les fabricants se reposent de plus en plus sur une division verticale du travail avec les économies régionales émergentes. Fondamentalement, cette approche est hautement compatible avec les politiques visant à contenir le réchauffement climatique.
Le Japon s’est d’ores et déjà engagé, dans les sommets du G7 et d’autres forums internationaux, à réduire de 80 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Sous la pression du Protocole de Kyoto, il a pris dans le passé – certes sans enthousiasme – diverses initiatives en vue de protéger l’environnement. Peu à peu, à mesure que les effets de ses mesures se frayent un chemin, le changement structurel de l’économie japonaise est voué à s’accélérer.
À mon avis, plutôt que de réagir passivement aux fluctuations tendancielles de l’économie ou de la communauté internationale, le Japon devrait résolument utiliser la politique environnementale comme un levier pour restructurer dans le bon sens l’économie japonaise. Autrement dit, je pense que le moment est venu pour les décideurs politiques japonais de renoncer à la sous-optimisation, cette approche de bas en haut centrée sur les intérêts de secteurs individuels, en faveur d’une audacieuse approche de haut en bas, orientée vers l’optimisation totale.
Le Japon aurait pu atteindre les objectifs qu’il s’était fixés dans le cadre du Protocole de Kyoto sans pour autant devoir procéder à des réductions massives de ses émissions. Qu’en a-t-il résulté ? Comme le montre la figure 2, le Japon est à la traîne de pays comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne dans le domaine des performances énergétiques mesurées selon l’indicateur macroéconomique de l’efficacité énergétique des émissions de CO2 par unité de PIB (corrigé des parités de pouvoir d’achat). En retardant l’adoption de politiques environnementales fortes sur son propre territoire, le Japon pourrait laisser passer la chance qui lui est offerte de devenir un acteur de premier plan sur les marchés environnementaux, dont l’expansion mondiale à l’issue de la COP21 est une certitude. Le Japon doit prendre conscience de ce danger et se fixer des objectifs environnementaux ambitieux.
La responsabilité du Japon en tant qu’hôte du sommet de 2016 du G7
La COP21, qui se tient à la fin de l’année 2015, a pour objectif de parvenir à un accord de base sur un programme global de lutte contre le changement climatique pour l’après 2020, ouvert à la participation de tous les pays, développés comme en développement. Tout accord de ce genre est voué à différer considérablement du Protocole de Kyoto, qui ne concernait que les pays industriels.
Le nouvel accord devra être suffisamment souple pour intégrer un vaste éventail d’actions – en termes de formes comme d’intensité – en faveur du climat, selon les situations et les capacités des parties prenantes. On s’attend, par exemple, à ce que les INDC soumises par chacun des pays comportent des propositions sur des sujets aussi cruciaux que les mécanismes de vérification de la réalisation des objectifs ou les mesures de soutien au renforcement de l’action, notamment à travers un financement fournie par la communauté internationale en vue d’encourager les efforts des pays en développement et des avantages pour récompenser les progrès effectués par les pays industriels. Il en découle que le contenu de tout accord global conclu à l’issue la conférence de Paris est voué par nature à une certaine imperfection, et qu’il faudra donc d’autres négociations pour peaufiner les détails de sa mise en œuvre.
Le Japon, en tant que pays hôte du sommet de 2016 du G7, a un rôle essentiel à jouer dans l’élaboration d’un consensus mondial en ce qui concerne les idées de financement et autres mécanismes d’application discutés à la COP21. À l’issue de la conférence du mois de décembre, on peut être certain que le Japon va être soumis à des pressions de plus en plus fortes de la communauté internationale. Souhaitons que le gouvernement saisisse cette opportunité et entreprenne à nouveau de jouer un rôle phare dans l’effort consenti par le monde pour contenir le changement climatique.
(D’après un original en japonais publié le 4 août 2015. Photo de titre : militants écologiques en train de manifester contre les pourparlers ministériels à huis clos sur le changement climatique qui se sont déroulés en mai dernier lors du sommet de Berlin du G7. Reuters/Aflo)

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