Des dirigeants de chaînes de télévision qui répondent aux convocations
Les pressions sur les télévisions continuent. Le 17 avril 2015, la commission de recherche sur la stratégie d’informations et de communications du PLD a invité les cadres de la NHK et d’Asahi Television à répondre ses questions. La commission a expliqué à la NHK qu’elle soupçonnait qu’un de ses journalistes ait, dans le cadre d’une émission d’informations du soir, mis en scène une interview afin d’obtenir une réaction spécifique de la personne interviewée ; dans le cas d’Asahi Television, la commission du PLD trouvait problématique qu’un commentateur d’une émission d’informations ait déclaré en annonçant son départ, qu’il aurait subi des pression de la part du secrétaire général du cabinet, Suga Yoshihide.
Le PLD a convoqué les responsables de ces deux émissions en leur disant qu’il « soupçonnait une violation de la Loi sur la communication audiovisuelle », mais la loi ne donne nullement au PLD l’autorité d’agir ainsi. Les deux opérateurs de télévision ne sont cependant pas opposés à cette convocation, et leurs cadres se sont rendus à cette réunion officieuse. Les autres opérateurs de télévision n’ont pas non plus émis de vigoureuses protestations.
Dix jours plus tard, la NHK a publié le résultat d’une enquête interne à propos de l’émission à l’origine du problème, qui ne reconnaissait pas qu’il y avait eu « mise en scène » dans cette interview. Le même jour, Takaichi Sanae, la ministre des Affaires intérieures et des Communications, a adressé à la NHK un « avertissement sévère » sans faire aucune référence au résultat de cette enquête interne. C’était la première fois depuis 2009 que le ministère des Affaires intérieures adressait par écrit un avertissement sévère à propos du contenu d’une émission, et la première fois depuis 2007 qu’il était émis par le ministre. Mais les chaînes de télévision se sont contentées d’annoncer le fait qu’il avait été émis sans faire de commentaire. Le BPO (Broadcasting Ethics and Program Improvement Organization) l’a pour sa part critiqué. Le BPO est un organisme créé à l’initiative des principales chaînes de télévision japonaises pour s’autoréguler, et les trois comités qui le forment ne comprennent pas de responsables de chaînes de télévision. En novembre 2015, l’un d’entre eux, le comité sur la déontologie des programmes, a exprimé son point de vue : il y avait eu « une grave violation de l’éthique de la diffusion » inadmissible pour une émission d’informations, contrairement à ce qu’avait montré l’enquête de la NHK. Mais à propos de l’avertissement sévère émis par la ministre et l’audition faite par le PLD à ce sujet, ce comité critiquait aussi « les pression sur la liberté de diffusion ». Tout cela a conduit à une situation extraordinaire, puisque ce ne sont pas les chaînes de télévision qui se sont exprimées mais des personnes à leur périphérie.
Un changement de l’interprétation de la loi ?
En février 2016, Takaichi Sanae, la ministre des Affaires intérieures et des Communications a déclaré suite à une question de la commission du budget de la Chambre des représentants que c’était à elle-même qu’il revenait de déterminer si une émission était ou non conforme au principe d’impartialité politique défini dans l’article 4 de la Loi sur la radiodiffusion, et que si une chaîne de télévision ne respectait pas cette loi à plusieurs reprises, elle « n’excluait pas la possibilité de suspendre sa diffusion » conformément à la loi, « puisque le ministre des Affaires intérieures et des Communications a cette autorité ».
Cet article est traditionnellement interprété par les juristes comme signifiant que « les diffuseurs font leurs émissions en s’autorégulant à partir de leurs propres règles déontologiques ». Aucun spécialiste ne pose que c’est le gouvernement qui juge le contenu des émissions et les critères qui déterminent la nécessité d’arrêter ou non sa diffusion. Mais le secrétaire général du cabinet a déclaré au Parlement que ce qu’avait dit la ministre était « naturel », et le Premier ministre a dit pour sa part que c’était la « théorie généralement admise depuis toujours ».
Je suis incapable de déterminer si ces déclarations étaient préméditées ou résultaient de l’ignorance de ceux qui les ont faites. Mais elles n’ont suscité aucune opposition concertée de la part des médias. À la fin du mois de février, des présentateurs d’informations télévisées ont organisé une conférence de presse pour exprimer leur opposition, mais ils n’étaient que six.