Trouver un terrain d’entente avec l’Allemagne
Passons maintenant à Ise-Shima, où se tiendra, les 26 et 27 mai, le sommet du G7. La position où se trouve aujourd’hui le Japon lui offre une opportunité exceptionnelle d’exercer un véritable leadership lors du sommet de cette année, non seulement du fait que c’est à lui qu’il revient d’héberger et de présider la conférence, mais aussi parce que le Premier ministre Abe aura davantage de marge de manœuvre que la plupart des autres dirigeants du G7. Pour le président Barack Obama, ce sommet sera le dernier, puisque son mandat va s’achever dans quelques mois, et il n’est donc pas en position de prendre des engagements pour les États-Unis ou de fixer un calendrier d’action. Le Premier ministre anglais David Cameron a bien assez à faire à la maison, avec les retombées des Panama Papers et la nécessité où il se trouve de persuader ses concitoyens de rester partisans de l’adhésion à l’Union européenne dans la perspective du référendum du 23 juin sur cette question. Quant à la France, depuis les attaques terroristes de 2015, la vie politique y est dominée par la lutte anti-terroriste et l’afflux des réfugiés syriens. L’Italie et le Canada ont tous deux à leur tête des dirigeants jeunes et fraîchement élus, dont l’expérience diplomatique ne peut rivaliser avec celle de M. Abe, vétéran de quatre sommets des grandes puissances. Seule la chancelière allemande Angela Merkel (avec dix sommets à son actif) est aussi bien placée que M. Abe pour prendre la direction du sommet de cette année du G7. C’est pourquoi, pendant la période qui précède le sommet, la tâche la plus importante de M. Abe va consister à aplanir les différences avec Mme Merkel.
L’économie mondiale, après tout, est censée occuper la première place dans la liste des priorités du sommet. La clé du succès en ce domaine pourrait résider dans l’aptitude de M. Abe à persuader Mme Merkel, connue pour sa vision conservatrice de la politique budgétaire, de la nécessité d’augmenter les dépenses publiques en vue de soutenir la croissance économique mondiale.
Un accord du G7 pourrait avoir une forte influence sur les tendances économiques mondiales. Il pourrait aussi avoir un impact sur le choix du moment opportun pour augmenter la taxe sur la consommation et sur le succès global du programme économique interne de M. Abe. Ce qui ne fait que renforcer la nécessité pour le Japon de faire montre de fermeté dans l’exercice du leadership.
Le 25 avril, à un mois du sommet, le Premier ministre Abe, qui s’apprêtait à prendre le départ pour l’Angleterre, la France, l’Italie et l’Allemagne – les quatre pays européens du G7 –, a demandé au vice-ministre des Affaires étrangères Saiki Akitaka et aux ministres adjoints des Affaires étrangères Sugiyama Shinsuke et Nagamine Yasumasa de « faire preuve de diligence dans les préparatifs en vue de garantir que le Japon puisse exercer un leadership effectif ». En Allemagne, M. Abe fera tout son possible pour convaincre Mme Merkel de la nécessité d’adopter un programme économique coordonné prenant en compte le genre de dépenses publiques dont le Japon s’est fait l’avocat, et sa réussite à cet égard aura un impact considérable.
Un héritage en gestation ?
Mais il est une autre question où la compréhension de l’Allemagne pourrait s’avérer essentielle : la sécurité maritime en Asie de l’Est. Le Japon et les États-Unis sont tous deux d’avis que le G7 doit parler d’une voix forte et unanime pour mettre un frein aux activités militaires de la Chine en mer de Chine méridionale. Mais au sein de l’Union européenne, c’est une opinion plus optimiste qui prévaut en ce qui concerne tant le rôle militaire joué par la Chine en Asie de l’Est que ses perspectives économiques.
Le défi auquel le gouvernement Abe se trouve confronté va bien au-delà de l’exercice immédiat de la présidence du sommet du G7. Le gouvernement Japonais s’efforce en effet de renforcer son leadership à l’échelle planétaire dans deux domaines qui ont une importance considérable : la politique économique axée sur les dépenses publiques et les mesures de sécurité maritime visant à assurer la liberté, l’ouverture et la sûreté de la navigation. Sauf imprévu, M. Abe a de bonne chance de rester au pouvoir pendant quelques années encore. Les Premiers ministres Nakasone Yasuhiro et Koizumi Junichirô ont réussi à mettre à profit les mandats relativement longs qu’ils ont exercés pour tisser des liens de proximité et de confiance avec les autres dirigeants du G7. Pour peu que M. Abe obtienne des résultats similaires, il sera en bonne position pour décider de l’ordre du jour diplomatique et diriger les débats.
Compte tenu de la situation agitée où se trouve aujourd’hui le monde, dans un contexte de montée des sentiments isolationnistes, il ne sera certes pas facile de forger un consensus pour une action concertée. Mais l’aggravation des menaces qui pèsent sur l’ordre international ne fait que renforcer l’importance de cette tâche. Le G7 se trouve à un carrefour. L’issue du sommet qui se tiendra au mois de mai à Ise-Shima pourrait bien déterminer la direction que va prendre l’économie mondiale, l’avenir de l’ordre international et l’héritage du gouvernement Abe.
(D’après un article en japonais du 27 avril 2016. Photo de titre : John Kerry et Kishida Fumio après avoir dépose une gerbe devant le Cénotaphe de Hiroshima,11 avril 2016. Jiji Press)
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