L’essor et le déclin des rassemblements de la haine

Sous ce grand chapiteau de l’hostilité à l’égard du PDJ, il était inévitable que figure une composante raciste dirigée dans une large mesure contre la communauté des Coréens vivant au Japon. À l’extrême droite de ce bloc se trouve une organisation appelée Zaitokukai (abréviation de Zainichi tokken o yurusanai shimin no kai, l’Association des citoyens contre les privilèges spéciaux des zainichi). Dans le contexte de la vague d’hostilité aux Coréens alimentée par des événements tels que l’atterrissage du président Myung-bak à Takeshima (un archipel revendiqué par le Japon et la Corée du Sud) en août 2012, la Zaitokukai et d’autres groupes ont organisé une série de manifestations véhémentement anticoréennes à Tokyo en 2012. Selon une estimation prudente, 1 000 à 1 500 personnes auraient pris part à ces manifestations. D’autres événements similaires ont eu lieu en 2013 et 2014.

Depuis lors, toutefois, la participation aux rassemblements anticoréens est en net recul, et cette tendance est apparue avant le passage de la loi contre les discours de haine.

Un facteur particulièrement déterminant de l’essoufflement du mouvement a été le retour du PLD au pouvoir à la suite de sa victoire écrasante aux élections générales de 2012. La chute du PDJ et la constitution du nouveau cabinet conservateur dirigé par le Premier ministre Shinzô Abe ont privé la droite de toute cause commune autour de laquelle se rassembler.

Pendant les années où le PDJ avait été au pouvoir, les forces de droite avaient attisé l’hostilité à ce parti et aux Coréens en traitant le PDJ de « parti des Coréens » et en affirmant que plusieurs membres du cabinet étaient des Zainichi ou des Coréens naturalisés. Bien évidemment, les Coréens zainichi n’ayant pas la citoyenneté japonaise, la loi ne les autorise pas à siéger à la Diète, mais ces subtilités échappaient à la coalition de droite contre le PDJ.

Avec le second cabinet Abe – très ancré à droite – cette propagande fondée sur la peur et dénuée de sens a perdu son efficacité. Le changement idéologique intervenu dans les plus hautes sphères de la vie politique a privé les groupes fondés sur la haine des Coréens du plus gros de leurs munitions.

La répression

Le glissement des groupes anticoréens vers l’extrémisme, et les conséquences qu’il a eues, ont également contribué à la baisse de la participation à ces groupes.

En 2010, plusieurs membres de la Zaitokukai ont été arrêtés, jugés et reconnus coupables de délits tels qu’entrave par la force à l’activité économique et effraction, après avoir pris d’assaut le bureau du syndicat des enseignants de la préfecture de Tokushima et proféré des menaces à l’encontre des responsables et des membres de ce syndicat. Une femme a également porté plaine contre l’organisation pour les souffrances morales subies à cette occasion et, en avril 2016, le tribunal de grande instance de Takamatsu a condamné la Zaitokukai à verser plus de quatre millions de yens de dédommagements.

À partir de la fin de l’année 2009, la Zaitokukai s’est lancée dans une campagne de manifestations tapageuses devant les écoles coréennes de Kyoto, en utilisant des mégaphones pour traiter les élèves de cancrelats et d’asticots. En août 2010, la police de la préfecture de Kyoto a ouvert une enquête sur les responsables de l’organisation dans le cadre de ces incidents. En décembre 2014, la cour suprême a entériné un arrêt du tribunal de grande instance condamnant le groupe à payer à l’école 120 millions de yens de dommages et intérêts. L’agence publique de renseignement de sécurité, qui a identifié la Zaitokukai comme un groupe d’extrême droite xénophobe, a mentionné ces activités dans son rapport annuel Kaiko to tenbô (Bilan et perspectives de la situation intérieure et extérieure).

Bref, il y a déjà quelque temps que les activités de ces groupes de la haine se heurtent à la répression policière et judiciaire (qui n’a pas attendu le passage de la loi contre les discours de haine pour sévir), avec l’effet de douche froide qui en a résulté sur le soutien extérieur et la participation. Même au sein de la Zaitokukai, les tactiques extrémistes du groupe ont suscité les réserves d’un petit nombre de membres, et on peut supposer qu’ils ont été plus nombreux à prendre leur distance sans faire de bruit et à ne rester membres que de nom.

Le passage de la loi contre les discours de haine, arrivé juste après ces coups infligés au mouvement des rassemblements de la haine, ne constitue au mieux qu’un genre de coup de grâce.