De préoccupantes affirmations chinoises à propos du détroit de Tokara

On suppose que le navire espion chinois passé par le détroit de Tokara le 15 juin a ensuite collecté des informations sur les bâtiments participant à l’exercice Malabar 2016 organisé du 10 au 17 juin dans le Pacifique occidental par les marines américaine et indienne conjointement avec les Forces maritimes d’auto-défense. Le fait que cette incursion dans les eaux territoriales ait été effectuée par un bâtiment militaire non armé mais cependant militaire fait clairement percevoir la volonté d’éviter une confrontation physique avec les Forces maritimes d’auto-défense.

En règle générale, les mouvements des bâtiments chinois peuvent être interprétés comme la mise en œuvre du droit, légitime du point de vue du droit international, de passage inoffensif dans les eaux territoriales d’un pays tiers. Mais si la Chine le reconnaît aux bâtiments étrangers dans ses eaux territoriales, elle exige cependant d’en être prévenue préalablement. Le passage inoffensif qu’a fait un de ses bâtiments sans préalablement en informer le Japon est donc en contradiction avec sa propre position.

Elle a en outre tenté de justifier cette action en faisant appel à une toute autre logique. Elle a en effet affirmé que le détroit de Tokara qui se trouve entre deux mers, à savoir la mer de Chine orientale et l’océan Pacifique, correspond à ce que le droit de la mer définit comme un détroit international. C’est en basant sur cela qu’elle a affirmé que son bâtiment avait utilisé pour le franchir le droit de passage en transit, qui ne peut être suspendu et ne requiert pas de notification au pays riverain.

Cette revendication est un expédient qui lui permet de mettre en pratique le libre passage de ses bâtiments dans les eaux territoriales étrangères, et qui n’est pas contradictoire avec sa propre position relative au passage dans ses eaux territoriales de bâtiments étrangers. Mais le Japon ne reconnaît pas le détroit de Tokara comme un détroit international. Par contre, il définit le détroit d’Ôsumi au large de la préfecture de Kagoshima qui, de par sa configuration géographique se situe dans les eaux territoriales japonaises, comme « zone maritime spéciale », rétrécissant dans ce cas à trois miles nautiques ses eaux territoriales qui d’ordinaires s’étendent à douze miles nautiques et accorde ainsi la liberté de passage maritime et aérien à tous. Il garantit en d’autres termes un degré de liberté supérieur au passage dans les détroits internationaux, celui du « passage libre dans la haute mer ». Il n’est donc absolument pas nécessaire de faire du détroit de Tokara qui lui est adjacent un détroit international. Jusqu’à présent, les bâtiments de la marine chinoise quand ils naviguaient autour du Japon passaient par le détroit d’Ôsumi. Enfin, étant donné qu’il existe un chenal de haute mer au centre du détroit entre l’île Amami-Ôshima et l’île Yokoatejima (qui se trouve à l’extrémité sud de l’archipel des Tokara), ce détroit est utilisé comme route maritime ordinaire par de nombreux bateaux.

Si la revendication chinoise selon laquelle le détroit de Tokara est un détroit international était admise et reconnue, il serait alors possible d’affirmer que tous les détroits situés au Japon qui ont moins de 24 miles de larges sont des détroits internationaux. Cela créerait une situation qu’il faut éviter à tout prix du point de vue de la sécurité du Japon et de l’ensemble de la zone Asie-Pacifique, puisque cela permettrait aux sous-marins chinois d’abuser du droit de passage et de navigation en les franchissant en plongée et de passer dans le Pacifique.