Les volontaires n’étaient pas des femmes de réconfort

Teikoku no ianfu (Les femmes de réconfort de l’Empire), le livre de Park Yu-ha, professeure coréenne à l’Université Sejong, publié aux éditions Asahi Shimbun, explique suffisamment la réalité de la question des femmes de réconfort. En Corée du Sud, ce livre a suscité des actions en justice afin d’interdire sa publication ou encore pour diffamation. Un tribunal de première instance a rendu un jugement imposant plusieurs changements éditoriaux et des dommages et intérêts. C’est une négation de la liberté académique, impensable dans une démocratie.

En Corée du Sud, les femmes de réconfort sont comprises comme des « jeunes filles innocentes recrutées sous la contrainte par l’armée japonaise » (Teikoku no ianfu). La professeure Park rejette la thèse selon laquelle « les jeunes femmes des unités de volontaires ont servi comme des femmes de réconfort », et affirme qu’« il ne s’agissait pas de recrutement sous la coercition ».

Kim Yong-dai, un chercheur zainichi connu, a écrit : « Il n’y a aucun rapport entre les volontaires féminines et les femmes de réconfort. Il s’agit d’une déformation de l’histoire de la part des Coréens. » Il affirme que les Coréens zainichi ne sont pas les descendants de déportés.(Chôsenjin kyôseirenkô no kenkyû [Recherches sur les déportations de Coréens])

La professeure Park et le professeur Lee Young-hoon de l’Université de Séoul ont tous les deux enquêté auprès d’anciennes femmes de réconfort, et ont conclu que la majorité d’entre elles avaient été vendues par leurs parents, ou trompées par leurs employeurs. Voici comment ils l’expliquent.

Suite à l'adoption de la Loi de mobilisation nationale, le Japon a émis, en 1941, l’ordonnance sur le service patriotique du travail, qui a fait que les hommes âgés de 14 à 40 ans et les femmes célibataires âgées de 14 à 25 ans pouvaient être réquisitionnés pour travailler. Cet ordonnance ne fut pas prise en Corée. Le recrutement des unités de volontaires féminines ne commença en Corée qu’en janvier 1945, sept mois avant la fin de la guerre, sur la base du volontariat. Les unités de volontaires n’étaient pas des femmes de réconfort. Les chercheurs sud-coréens qui ne reconnaissent pas cette distinction ont créé le Chongshindae Yup [Conseil coréen sur la question des unités de volontaires].

L’« éthique de responsabilité » des deux dirigeants

La présidente de la République de Corée et le Premier ministre japonais ont déclaré le 28 décembre 2015 que la question des femmes de réconfort était définitivement et irrémédiablement résolue. Ils se sont ainsi engagés à ne plus en faire une question de politique étrangère. Le Premier ministre Abe et la présidente Park ont annoncé le passage à une nouvelle époque.

L’accord est assez étrange quand on réfléchit aux thèses qu’ils avaient soutenues jusque là. La présidente Park disait attendre du Japon une perception juste de l’histoire et des excuses, tandis que le Premier ministre Abe avait déclaré que l’armée impériale n’avait pas eu recours aux recrutements sous la coercition. Toutes ses déclarations passées ne conduisent aucunement à ces excuses et ce regret.

Cet accord n’en a pas moins été très bien accueilli. Max Weber, le politologue allemand, a écrit dans Le Savant et le Politique que l’homme politique idéal était celui qui était capable de fusionner « l’éthique de conviction » et « l’éthique de responsabilité ». « L’éthique de conviction » concerne des convictions et des croyances individuelles, par exemple « une perception juste de l’histoire » ou « les visites au sanctuaire Yasukuni ». L’éthique de responsabilité, c’est la responsabilité des conséquences. Et la politique, c’est avec l’éthique de la responsabilité que l’on décide.

Les leaders sud-coréen et japonais sont parvenus à une résolution de la question des femmes de réconfort qui tient compte de l’éthique de conviction tout en accordant la priorité à l’éthique de responsabilité de l’amélioration des rapports bilatéraux. Les journaux sud-coréens ont l’accueillie positivement en ces termes : « Le fait que le Premier ministre Abe ait pour la première fois exprimé ses excuses et son remords en utilisant ses propres mots a une grande signification ».