La vraie raison pour laquelle des femmes sont nommées au gouvernement
Retournons une fois de plus huit ans en arrière. À cette époque, dans notre pays, la proportion de femmes parlementaires était de 9,4% à la chambre basse (députées) et 18,2% à la chambre haute (sénatrices). En 2016, les chiffres se sont légèrement améliorés, mais ne dépassent toujours pas, respectivement, 9,5% et 20,7%. Le taux de femmes au parlement nous place à la 157e place sur 188 pays. En tant que journaliste politique, j’ai toujours considéré ce chiffre comme indigne et problématique.
L’investiture de quelques candidates femmes aux élections législatives fait de la publicité à chaque parti. De même, la nomination de deux ou trois femmes dans un gouvernement est devenue habituelle. Tout particulièrement lors de la présentation du gouvernement Abe, qui voulait mettre en avant son objectif « Une société qui permette aux femmes de briller », bon nombre de jeunes femmes ont été placées à des positions de direction au sein du parti ou au parlement pour montrer les réformes engagées. Mais leur médiatisation ne dépasse pas un court moment. À dire vrai, j’ignore totalement ce qu’elles ont réalisé au gouvernement. Depuis quelques années, les seules qui semblent avoir réalisé concrètement quelque chose, parfois dans un climat hostile de la part des médias, sont Marukawa Tamayo et Inada Tomomi. Cependant, on peut remarquer qu’elles devaient leur nomination non pas à leurs capacités mais au soutien indéfectible qu’elles avaient montré au chef de leur gouvernement.
Les femmes politiques se heurtent à un mur
Mon livre Cherchez Hillary !, dont j’ai déjà parlé, visait un second objectif. J’avais à l’esprit le documentaire À la recherche de Debra Winger, un film documentaire américain réalisé par Rosanna Arquette qui fut distribué au Japon en 2003. Le film racontait l’histoire de la réalisatrice, elle même également actrice, partant à la recherche de l’actrice Debra Winger, qui avait décidé de quitter le monde du cinéma quand elle avait dû faire face au mur de l’âge pour les actrices quand il s’agit d’obtenir des rôles principaux et à celui de la difficulté de mener de front carrière cinématographique et vie familiale. La réalisatrice avait interrogé des actrices pour leur faire parler de leurs difficultés et de ce qu’elles pensaient réellement. Parce que je trouvais que les femmes politiques japonaises se heurtaient à un mur similaire, le mur de l’âge, de leur vie de famille et de l’éducation de leurs enfants, je voulais entendre ce qu’elles avaient à dire sur la façon dont elles avaient surmonté ce mur.
Il faut ajouter à cela que rien n’est fait au Japon pour former des femmes politiciennes de réelle valeur. Des individualités comme Marukawa Tamayo ou Inada Tomomi sont placées de façon éphémère sous les feux de rampe. C’est également le parcours qu’ont suivi en leur temps leurs aînées, Koike Yuriko en tête, mais aussi bien l’actuelle ministre de l’Intérieur Takaichi Sanae ou Noda Seiko, qui s’était également présentée sans succès à la présidence de son parti un an auparavant. Mais dès que le momentum change, elles replongent dans les profondeurs et sont rapidement oubliées. La même tendance s’observe dans les parties de l’opposition.
Dans l’opposition justement, depuis septembre 2016, Renhô a pris la tête du Parti démocrate du Japon. D’un autre côté, sous la présidence de Okada Katsuya, Yamao Shiori est restée responsable du bureau de recherche politique du parti pendant deux législatures seulement, avant de rentrer dans le rang.
Aucune femme politique n’est en mesure de devenir Premier ministre dans un avenir proche
Il n’est pas exagéré de dire que de toutes les femmes politiques dont je viens de donner le nom se sont toutes faites toutes seules. Cela a-t-il à voir avec la forte proportion d’entre elles qui avaient auparavant une carrière dans les médias ? Toujours est-il que c’est en analysant elles-mêmes les domaines dans lesquels elles possédaient le plus de compétences qu’elles se sont mises en avant. Le résultat a suivi, en progressant également dans leur façon de s’habiller et dans leur façon de parler. De ce point de vue, Koike Yuriko reste toujours pour moi celle dont les capacités de se donner une image et de se mettre en projet apparaissent les plus achevées.
Le cas de Yamao Shiori et Inada Tomomi est un peu différent. Il est intéressant de remarquer que toutes deux sont issues d’une profession juridique. Aucune des deux ne fait preuve d’une aisance particulière pour se mettre en valeur y compris par la façon de s’habiller, mais elles sont reconnues pour leur compréhension très pointue des dossiers. On peut donc les considérer comme de véritables « compétences », mais n’étant pas comme leurs homologues masculins d’agressives « chasseuses de postes », le seul rôle qu’elles trouvent à jouer est celui de faire-valoir sur les photos de groupes de leur parti.
Pour l’instant, force est de reconnaître qu’aucune femme parmi celles dont j’ai cité le nom ne me paraît en mesure de viser sérieusement le poste de Premier ministre avec la moindre chance de succès. À l’heure actuelle, c’est encore la naissance dans une famille de politiciens qui fait le destin politique, et plus on s’enfonce en province, plus les valeurs masculines du Japon conservateur sont puissantes. Pour qu’une femme ait la possibilité de devenir Premier ministre, il faudrait qu’un certain nombre de conditions soient remplies simultanément.