Des facteurs expliquant la hausse de la maltraitance

Comme démontré précédemment, les statistiques japonaises concernant la maltraitance des enfants ont leurs limites. Il faut cependant noter que les signalements sont 100 fois plus nombreux qu’il y a 25 ans. Cela pourrait, entre autres, s’expliquer par le changement de mentalité des Japonais.

En effet, autrefois, pour la majorité des Japonais, il prévalait de ne pas intervenir dans les problèmes familiaux d’autrui, y compris même lors de violences familiales. Aujourd’hui, la mentalité est en train de changer : de plus en plus de personnes encouragent une intervention de la société au sujet de ces violences. Cette évolution de l’opinion publique a conduit à l’adoption de la loi sur la protection de l’enfance. Et l’entrée en vigueur de cette nouvelle législation a à son tour accéléré un changement de conscience. Ce contexte est à l’origine de la forte hausse du nombre de signalements. Mais il ne suffit pas à expliquer à lui seul ce phénomène dans son ensemble.

Supposons maintenant que le nombre de maltraitances soit effectivement en hausse. Certe, il est très difficile d’établir de manière empirique les causes socio-psychologiques de ce phénomène, mais parmi tous les facteurs envisageables, il y a l’affaiblissement de la fonction éducative de la famille. Voici plusieurs indicateurs sociaux allant dans ce sens :

  • Augmentation du nombre de mariages avec grossesse préalable, taux de divorce élevé par la suite.
  • Légère hausse du nombre de mères âgées de moins de 20 ans.
  • Hausse générale du taux de divorce.
  • Augmentation du nombre de familles composées d’une mère jeune et d’un enfant en bas âge.
  • Taux de pauvreté élevée des mères célibataires.

Ces phénomènes indiquent que le modèle de la famille nucléaire, qui s’est étendu du début du XXe siècle jusqu’au début des années 1970 au Japon, n’est plus la norme aujourd’hui. Avec ces changements, la fonction éducative de la famille a sans doute très fortement baissé, résultant en une augmentation de la maltraitance des enfants.

Jusqu’à présent, les ressources et les aides sociales pour les familles étaient conçues en fonction du modèle de « famille standard », en d’autres termes la famille nucléaire. Par conséquent, dans de nombreux cas, ces aides ne parvenaient pas aux familles affectées par les problèmes décrits plus haut.

Afin de régler cette situation, il faut recentrer les efforts de la société, par exemple en créant un nouveau système d’aide sociale destiné aux jeunes mères célibataires, de plus en plus nombreuses. En mettant en place des mesures pragmatiques, il sera alors possible de prévenir la maltraitance.

Une réalité difficile à saisir

Notons de même que l’on observe une nouvelle tendance absente des statistiques d’août 2016 : l’augmentation du syndrome du  bébé secoué,  ou SBS (également appelé traumatisme crânien infligé, TCI), et du syndrome de Münchhausen par procuration ou SMPP.

Le SBS (ou TCI) est une forme de maltraitance durant laquelle un bébé est violemment secoué pour le faire cesser de pleurer, causant une hémorragie intra-crânienne grave. Le SMPP, aussi appelé maltraitance médicale, désigne une situation dans laquelle l’adulte responsable de l’enfant invente des maladies à son égard, le forçant à subir des examens ou des traitements médicaux inutiles à répétition.

Les cliniciens spécialistes de la maltraitance perçoivent une hausse du nombre de ces syndromes, bien qu’à l’heure actuelle il ne semble pas y avoir d’études le confirmant. Au Japon, la réalité sur la maltraitance des enfants n’est toujours pas cernée avec précision. Analyser avec soin les aspects de la maltraitance non pris en compte dans les statistiques, et mener des études cliniques psychologiques pour guérir les traumatismes des enfants : voilà ce qu’il est nécessaire d’accomplir pour remédier à cette situation.

(D’après un article en japonais du 10 janvier 2017. Photo de titre : Aflo)