Les principes de la santé mentale

Deux grands principes sont souvent soulignés pour protéger la santé mentale, qui inclut la prévention du suicide.

1) Perception précoce des problèmes : les problèmes qui se posent sont d’ordre divers, économique, relationnel, ou de santé mentale, mais le premier pas pour les résoudre est de les percevoir à un stade précoce.

2) Aspirer à une aide appropriée : Chacun d’entre nous est confronté à des problèmes au cours de sa vie. Il faut un système qui permette de rechercher l’aide appropriée pour éviter le repli sur soi-même. Cela passe par l’accès à des informations exactes qui aident à définir le soutien recherché.

Derrière le suicide, l’isolement

« Isolement » est un mot-clé pour comprendre le suicide. Celui-ci apparaît souvent comme la seule option lorsque l’on n’a personne vers qui se tourner pour demander de l’aide. Certaines personnes créent leur isolement parce qu’elles pensent, sous l’influence de leur état mental, dépression ou schizophrénie, qu’elles « ne veulent pas ennuyer les autres », ou que « tout le monde sera plus content sans elles », et cela même lorsque leurs familles, leurs amis, leurs collègues leur tendent la main.

Percevoir à un stade précoce ces appels à l’aide qui ne sont pas encore formulés, restaurer le lien avec les autres, conduit à prévenir les suicides.

Même au XXIe siècle, l’idée qu’il est honteux de parler à quelqu’un de ses problèmes psychologiques ou financiers demeure fortement enracinée. Pour les cliniciens, le rétrécissement psychologique du champ de vision est une caractéristique des personnes à fort risque de suicide. Pour celles qui échouent dans cette situation, le suicide apparaît comme la seule solution qui leur permettra d’y échapper.

Demander conseil à quelqu’un ne permettra peut-être pas de résoudre immédiatement le problème. Mais mettre des mots sur le problème, en parler, fait prendre un peu de distance avec lui, et retrouver un peu de calme pour envisager les choses. Une solution à laquelle on n’avait pas pensé quand on était tourmenté seul peut aussi apparaître.

Les activités de prévention à entreprendre

On ne peut que se réjouir des activités de prévention contre le suicide lancées depuis l’adoption de la loi par des entités travaillant dans des domaines très divers à travers tout le Japon. Mais les bizarres conflits de leadership entre différents groupes qui annoncent leurs résultats à grand fracas et soulignent la justesse de leur méthode sont regrettables. Il n’y a rien de surprenant à ce que ces groupes aient chacun des domaines où ils brillent et d’autres où ils ne brillent pas. Il faut sans doute que tous maintiennent une attitude flexible vis-à-vis de leur objectif, à savoir la prévention des suicides, tout en collaborant avec les groupes qui peuvent les aider dans les secteurs où ils sont moins bons.

Enseigner la prévention du suicide aux enfants

Il est indispensable de penser à protéger la vie des enfants. Parmi les quelque 24 000 personnes qui se suicident chaque année au Japon, il y a environ 300 jeunes de moins de 19 ans, mais peu d’initiatives sont prises pour prévenir les suicides d’enfants.

Plusieurs États américains ont lancé des programme d’éducation à la prévention des suicides destinés aux enfants. L’acronyme ACT est fréquemment utilisé dans ce contexte, « A » pour Acknowledge (remarquer les tourments de ses camarades du même âge), « C » pour Care (faire preuve de prévenance vis-à-vis des camarades en difficulté), et  « T » pour Tell (ne pas garder ce problème entre enfants, mais en parler à un adulte de confiance). Cela correspond aux principes de santé mentale évoqués plus haut.

Éduquer les enfants à la prévention des suicides a un autre avantage : cela conduit à la préservation de la santé mentale pour le reste de la vie. Chacun rencontrera probablement diverses difficultés pendant sa vie, mais l’apprentissage, dès l’enfance, lorsque les personnalités sont encore souples, de l’idée qu’il faut parler aux autres de ses problèmes au lieu de les garder pour soi, ne peut que contribuer à une bonne santé mentale future. Une telle éducation ne peut qu’avoir des effets positifs à long terme au Japon où le suicide des personnes d’âge mûr pose un grave problème à la société.

(Photo de titre : une des tours résidentielles de Takashimadaira à Tokyo. Elles sont équipées d’une barrière anti-suicide depuis les années 1970. Jiji Press)