Une hausse des étrangers dans les écoles municipales

En mai 2017, il y avait environ 50 élèves inscrits. Parmi eux, figuraient une douzaine d’enfants non-Japonais. Enomoto Hirotsugu, le représentant des organisations locales à but non lucratif pour la promotion des écoles du soir, me parle des nouvelles fonctions assumées depuis quelques années par son école du fait de l’augmentation du nombre des élèves étrangers fréquentant les établissements locaux.

« En 1983, lorsque nous avons ouvert l’école, une grande partie de nos élèves étaient des membres de la minorité coréenne et des orphelins venus de Mandchourie et de Chine. La plupart d’entre eux étaient des quinquagénaires et des sexagénaires dont beaucoup ne sont plus parmi nous. Maintenant, il nous arrive de nombreux enfants qui ont grandi à l’étranger et sont venus au Japon avec leurs parents à une date relativement récente. Ils fréquentent les écoles municipales et s’adressent à nous pour des cours du soir en complément. En ce moment, il y a des inscrits de plus de dix nationalités, dont la Chine, la Corée du Sud, le Vietnam, le Népal et le Bangladesh. »

Située à moins de 20 kilomètres de la capitale, Matsudo s’est développée en tant que « ville dortoir » pour les banlieusards employés dans la gigantesque conurbation tokyoïte. Toujours est-il que, l’an dernier, la population a dépassé pour la première fois les 490 000 habitants, et ceci grâce à l’augmentation du nombre des résidents étrangers.

D’après une enquête effectuée par la mairie, l’effectif des résidents de nationalités étrangères atteignait 14 120 personnes à la fin de l’année 2016 (contre 12 966 en 2015). Les ressortissants chinois étaient les plus nombreux, avec 5 998 résidents (contre 5 576 en 2015), suivis par les Vietnamiens, 2 039 (1 828), les Philippins, 1 653 (1 590), puis les membres de la minorité coréenne, 1 651 (1 603).

Objectif : entrer au lycée

Parmi les enfants qui fréquentent les cours du soir, il y en a beaucoup qui parlent déjà très correctement le japonais. Pour autant, que ce soit dans leur classe de primaire ou du collège, Ils n’en ressentent pas moins des difficultés à suivre exactement ce que disent leurs professeurs et parfois à bien comprendre les explications données dans leurs livres de classe. Des matières comme le japonais, la sociologie et la géographie peuvent s’avérer particulièrement ardues.

Nombre de ces enfants se préparent à passer les examens d’entrée au lycée. Leur présence aux cours du soir augmente chaque année vers le mois de juin ou juillet, et elle atteint 20 ou 25 élèves en automne. Beaucoup fréquentent quotidiennement les cours du soir jusqu’à la période des examens, en février ou mars de l’année suivante. « Ils s’immergent littéralement dans leurs études, pratiquement sans prendre un jour de congé, sauf à la période du nouvel an. Et tout le monde à l’école, pas seulement les élèves, travaille avec acharnement pour s’assurer qu’ils réussissent leur examen. »

La préfecture de Chiba propose un processus spécial de sélection destiné aux enfants étrangers candidats à l’entrée au lycée, et plus particulièrement aux élèves qui sont arrivés au Japon dans les trois dernières années et vivent ou projettent de vivre dans la préfecture. Les élèves qui remplissent ces critères peuvent se porter candidats dans les écoles participant à ce programme, où la sélection se fait sur la base d’une interview et d’une dissertation (soit en anglais soit en japonais). Ils sont exemptés des examens dans les matières obligatoires pour les enfants japonais (japonais, mathématiques, anglais, sociologie et sciences), remplacés dans leur cas par une appréciation globale de leur interview et de leur dissertation, à laquelle doit s’ajouter l’appréciation de leur lycée et la conformité aux conditions stipulés dans les formulaires de candidature prévus par le dispositif spécial d’admission des étudiants étrangers. Les écoles du soir indépendantes ont désormais la faveur des élèves qui veulent acquérir les compétences scolaires dont ils ont besoin pour passer ces tests spécifiques.

Du primaire au lycée, des cours du soir utiles pour tous

Le jour de ma visite à l’École du soir indépendante de Matsudo, deux écoliers, un garçon et une fille, étaient assis en compagnie de leurs mères à un long pupitre occupant un coin de la salle de classe. Tous venaient de Chine et étaient arrivés au Japon en février de cette année. Les deux enfants, qui fréquentent des écoles primaires locales, suivaient un cours de Japonais donné par un professeur septuagénaire.

La mère du garçon s’est adressée à moi en japonais.

« Communiquer en japonais n’est pas facile. Mon fils ramène toutes sortes de devoirs à faire à la maison, mais je suis incapable de les lire. L’aide des professeurs est très précieuse. Ils expliquent tout d’une façon facile à comprendre. Je veux que mon fils apprenne vite à parler japonais et se fasse plein d’amis. J’aimerais bien qu’à l’école primaire aussi, il y ait davantage d’opportunités afin d’apprendre le japonais. »

Le mari de cette femme est venu au Japon pour travailler il y a huit ans. Il a aujourd’hui un emploi dans une entreprise proche de Matsudo. En février dernier, quand leur fils s’apprêtait à entrer dans sa nouvelle année scolaire, il a demandé à sa famille de venir le rejoindre. Tous les trois vivent désormais ensemble en ville.

L’autre mère présente à l’école le jour de ma visite a elle aussi amené sa fille avec elle il y a peu de temps, quand elle est venue rejoindre son mari, qui travaillait au Japon depuis six ans.

Dans une autre classe, quatre élèves étrangers sont en train d’étudier le japonais et d’autres matières. Trois d’entre eux sont des garçons entrés dans un lycée municipal de la ville en avril dernier, après avoir rempli les formalités d’inscription fixées par la préfecture de Chiba pour les étudiants étrangers. Bien qu’ils aient réussi leurs examens d’entrée au lycée, Ils ont décidé de continuer de suivre des cours à l’école indépendante du soir.

L’un d’eux, un élève de 16 ans originaire des Philippines, est arrivé au Japon avec ses parents il y a trois ans. « Je suis venu ici parce que je veux acquérir des connaissances sur la société contemporaine. Je veux en savoir plus sur le Japon. C’est difficile de suivre les cours à l’école. J’espère que les études que je fais ici le soir m’aideront à mieux me débrouiller dans mon lycée. »

Les deux autres élèves viennent de Chine. L’un est arrivé de Shanghai avec ses parents il y a trois ans. « Je n’arrive pas à comprendre les cours de sciences. J’ai du mal à suivre ce que dit le professeur. Pour le moment, je fréquente aussi un juku (soutien scolaire privé). Peut-être est-ce que je ne travaille pas assez dur… On dirait que ça rentre par une oreille et ressort par l’autre. »

L’autre élève chinois est arrivé au Japon avec sa mère il y a deux ans pour rejoindre son père, qui vit à Matsudo depuis déjà quelque temps. « Je n’arrive pas à suivre les cours à l’école. C’est difficile de comprendre ce que dit le professeur. »