Les « stagiaires techniques » qui font tourner les usines du Japon
Grâce aux écoles du soir, un nombre croissant de stagiaires arrivant au Japon sous les auspices de l’Organisation de coopération internationale pour la formation, un organisme affilié aux pouvoirs publics, bénéficient d’une formation vitale en langue japonaise. Un rapport publié en janvier 2017 par le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales évalue à 1,08 million le nombre des ressortissants étrangers travaillant au Japon fin octobre 2016 – la barre d’un million étant ainsi franchie pour la première fois. Le nombre des « stagiaires techniques » atteignait alors 210 000, soit 25 % de plus que l’année précédente.
Dans le cadre du Programme de formation technique interne mis en œuvre par le gouvernement, des « stagiaires » de Chine, du Vietnam, des Philippines, d’Indonésie et d’autres pays viennent travailler au Japon dans les secteurs souffrant d’une pénurie de main-d’œuvre japonaise, notamment la manufacture, l’agriculture, la pêche et la construction. L’accroissement de l’effectif de ces stagiaires est une des raisons qui ont incité les autorités locales de la ville de Kawaguchi à ouvrir une école municipale du soir.
Pour les entreprises, ce système a bien des avantages, à commencer par la possibilité de comprimer les coûts de main-d’œuvre en embauchant des étrangers à des salaires inférieurs à ceux des employés japonais. Mais il y a aussi des problèmes. La question des rémunérations est une source de conflits récurrents, ainsi que celle des lourds horaires de travail imposés aux stagiaires. Il arrive, semble-t-il, que les employeurs confisquent les passeports de ces derniers sous prétexte de les « garder en lieu sûr », laissant ces travailleurs dans un incapacité totale d’agir. On peut supposer qu’un certain nombre de stagiaires étrangers fréquentant les écoles du soir du Japon ont eu l’occasion de connaître ce genre de problèmes et qu’ils s’efforcent de faire face à la situation sans une maîtrise entière de la langue.
En clair, les coulisses des écoles du soir du Japon sont révélatrices d’un fait : elles soulèvent des questions sur l’état de notre société dans son ensemble, où les problèmes enflent insidieusement.
La pénurie d’écoles publiques du soir
D’après une étude réalisée par le ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, le pays comptait, à la date du 1er mai 2014, 307 écoles du soir indépendantes, dont la quasi-totalité étaient gérées par des bénévoles issus des collectivités locales. Depuis 1979, l’association citoyenne que M. Enomoto représente réclame au Comité éducatif de Matsudo la fondation d’une école publique du soir qui permettrait aux élèves d’acquérir une qualification équivalente à un diplôme du premier cycle du secondaire, autrement dit, une école publique officielle intégrée au sein d’un collège ordinaire géré par une mairie locale, et offrant des cours du soir pour ces collégiens. Les efforts de l’association ont fini par porter leurs fruits au mois de février, quand la ville a annoncé un projet d’ouverture de cours du soir dans l’un de ses collèges municipaux.
D’après le recensement national de 2010, il y a au Japon au moins 128 000 personnes qui, n’ayant pas obtenu leur diplôme du premier cycle du secondaire, n’ont pas été au bout de l’enseignement obligatoire. Ce chiffre inclut un certain nombre d’étudiants étrangers. Les mesures officielles prises jusqu’ici pour remédier à cette situation s’avèrent sporadiques et insignifiantes. En 1954, le pays comptait 89 écoles publiques du soir. Aujourd’hui il n’en reste plus que 31, disséminées dans huit préfectures. Le ministère a annoncé son intention de créer au moins une école de ce genre dans chacun des 47 préfectures du pays, mais difficile de constater des signes de progrès vers la réalisation de cet objectif.
(D’après un original en japonais du 5 juin 2017. Photos : Yoshida Norifumi)