Le rôle essentiel de l’offre et de la demande de main-d’œuvre
Un nouvel afflux d’investissements dans les installations et les équipements améliore les conditions pour que la valeur ajoutée produite par chaque travailleur puisse augmenter. Les perspectives de hausse de la productivité du travail ainsi que de la génération de profits s’en trouvent ainsi renforcées, motivant les entreprises à embaucher davantage. La demande de main-d’œuvre devient alors plus importante. Autrement dit, l’accroissement des dépenses d’équipement incite les entreprises à redoubler d’efforts pour recruter de nouveaux employés, et, confrontées à la menace d’une forte pénurie de main-d’œuvre, elles se trouvent contraintes de proposer des salaires plus élevés. Tel est le scénario envisagé par le gouvernement.
D’après la théorie économique, toutefois, ce n’est pas une augmentation de la demande en main-d’œuvre, mais plutôt la quantité de l’offre de main-d’œuvre qui peut influencer l’ampleur de la hausse de salaires. En effet, si de modestes hausses de rémunérations ne suffisent pas à générer une augmentation appréciable de l’offre de main-d’œuvre, les entreprises seront contraintes de proposer de fortes augmentations aux travailleurs qu’elles souhaitent embaucher. La courbe des niveaux de salaires pourra de fait se redresser. Si, en revanche, une petite hausse de revenus suffit à engendrer une forte poussée de l’offre de main-d’œuvre, les entreprises trouveront des employés à profusion sans avoir à leur proposer des rémunérations sensiblement plus élevées. Le niveau global des salaires n’augmentera donc guère.
Les personnes âgées dans le travail précaire
Le gouvernement s’efforce de faire progresser l’emploi chez les personnes âgées et les femmes. Dans la pratique, ce segment de la population réagit avec plus de souplesse aux fluctuations de salaires que les jeunes personnes et les hommes, et leur taux d’emploi est de fait en augmentation.
Par conséquent, l’élasticité globale des salaires enregistrée par l’économie japonaise est désormais plus élevée qu’elle ne l’était auparavant. Ceci étant, il est probable que toute expansion de l’emploi due à une augmentation des investissements productifs se traduira en premier lieu par un gain d’emplois pour les personnes âgées et les femmes, et que les salaires n’enregistreront toujours pas de hausse significative.
Un autre facteur a contribué à freiner la hausse des salaires, à savoir l’entrée sur le marché du travail d’un grand nombre de baby-boomers vieillissants ayant quitté leur emploi régulier pour prendre leur retraite. Dans le cadre du système traditionnel japonais des salaires à l’ancienneté, ces employés bénéficiaient de très fortes rémunérations, et leur mise à la retraite a donc participé à la baisse du niveau global des salaires. Une fois à la retraite, nombre d’entre eux se mettent en quête d’un emploi « non-régulier », mais leur entrée sur ce marché pèse sur la rémunération des jeunes employés eux aussi précaires. En effet, leurs chances d’obtenir des hausses de salaires grâce au resserrement de l’offre de main-d’œuvre deviennent plus minces.
Tant que le nombre de personnes âgées en quête d’emplois précaires continuera de croître, l’augmentation des investissements productifs a peu de chance de générer à brève échéance une hausse significative des salaires.