L’efficacité des réseaux sociaux pour repérer les risques

« Yomawari 2.0 » offre une solution prometteuse. Il s’agit d’un projet de prévention lancé par Ova – une organisation à but non lucratif dans laquelle je suis personnellement engagé. Yomawari 2.0 utilise une fonction Google Adwords pour afficher une annonce offrant une consultation gratuite par courrier électronique à chaque fois qu’un utilisateur effectue une recherche sur un terme en rapport avec le suicide. Les personnes en quête d’un conseil sont dirigées vers une organisation qui offre un soutien en tête à tête (par exemple une clinique psychiatrique), en fonction des niveaux de risque et des difficultés auxquelles elles se trouvent confrontées. Ova maintient un contact durable fondé sur un suivi par courrier électronique. Des initiatives telles que Yomawari 2.0 peuvent contribuer à diminuer l’exposition à des sites proposant des conseils aux candidats au suicide, ainsi qu’à renforcer leurs chances d’entrer en contact avec des groupes d’assistance.

Comme je l’ai dit plus haut, il ne s’agit pas d’une solution applicable à toutes les plates-formes de médias sociaux. Mais je pense que les questions de détail peuvent se régler en ligne en fonction des caractéristiques propres à chaque site, de façon à atteindre l’efficacité optimale dans le ciblage des personnes qui ont besoin d’aide. En fait, les réseaux sociaux sont un bon outil pour identifier les gens affectés de tendances suicidaires ; mes recherches ont montré une élévation des risques de suicide chez les gens qui tweetent leur souhait de mourir. Si les victimes du tueur de Zama avaient eu accès et donné suite aux annonces proposant des services de consultation sur le suicide, peut-être la tragédie aurait-elle pu être évitée.

Les obstacles financiers

Le plus difficile est de trouver un moyen de financer ces opérations. Sachant que la prévention des suicides ne constitue pas une entreprise rentable, il n’y a guère d’autre choix que de compter sur un financement public. À chaque fois que les médias se font l’écho de crimes odieux liés à Internet, les gens ont tendance à blâmer les fournisseurs de services en ligne, mais le problème ne réside pas dans ces services en tant que tels. Twitter, par exemple, pourrait sans doute faire l’objet d’améliorations, mais il ne peut pas empêcher ses utilisateurs suicidaires de partager leurs pensées en ligne.

Et si de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer des mesures en vue d’empêcher qu’une affaire aussi horrible que la tuerie de Zama se reproduise, peu de gens réalisent que c’est en fin de compte à eux qu’il appartient de veiller à ce que de telles mesures soient mises en œuvre. La raison en est qu’en règle générale, les contribuables ne perçoivent pas la nécessité d’adopter des programmes de lutte contre le suicide, quand bien même ils demanderaient que le financement de la prévention du crime soit considéré comme une priorité. Aussi regrettable que cela soit, il ne fait pas de doute que des crimes comme ceux de Zama vont continuer de se produire tant que le public n’aura pas pris conscience que la racine du problème réside dans l’inclination au suicide.