Revoir l'arrêté anti-mafieux

Soulignons que l'arrêté d’exclusion des organisations mafieuses limite les droits civiques des ex-membres. En effet, il comporte un article stipulant que les anciens yakuza continuent à être considérés comme tels pendant cinq ans, et par conséquent ne peuvent ouvrir un compte en banque ou louer un appartement en leur nom propre. Et si jamais il leur arrive de cacher leur lourd passé sur leur CV ou d’autres documents, ils risquent d’être accusés de parjure.

Fukuoka et treize autres préfectures ont conclu en 2016 une collaboration dans le cadre de mesures de soutien à la réintégration dans la société des ex-membres, notamment par des aides financières aux entreprises qui en emploient. Mais si l’on veut réellement augmenter l’efficacité de ces mesures, il faudrait réviser la manière dont ils sont perçus par le public, et modifier les articles de l'arrêté empêchant pendant cinq ans leur réintégration décente dans la société.

Il est important d’ajouter que si un emploi ne dure pas, alors on ne peut pas parler de nouveau départ. Dans les années 1970 et 1980, pendant laquelle les Bôryokudan était considéré comme « mal nécessaire » par la société, l’Institut national de recherche de police scientifique a mené des études sur la base d’enquêtes de suivi d’ex-membres. Cela n’existe plus aujourd’hui. Au moment où les organisations mafieuses connaissent une baisse significative de ses effectifs, nous avons justement besoin de mieux comprendre comment se passe leur réintégration dans la vie civile, et de développer des discussions avec les experts et la population.

Exclure les anciens yakuza : un danger pour la société

Mataichi Seiji, un membre de la Chambre des conseillers appartenant au Parti social-démocrate, a posé en 2012 une question écrite au président de cette Chambre, relative aux limitations des droits civiques des membres et des ex-membres d’organisations du crime organisé. Voici ce qu’elle disait : « Chercher à exclure de la société les membres de la pègre ne peut que les placer dans une impasse et conduire à une augmentation des crimes violents. Il faut réfléchir et élaborer des dispositions pratiques, notamment des mesures pour les aider à accéder à l’emploi, afin de mettre en place une infrastructure qui permette aux ex-membres de vivre une vie de citoyen ordinaire. »

À l’heure actuelle, cependant, rien n’a été fait en ce sens. Ces derniers n’ont d’autre choix que de se procurer des revenus par des méthodes illégales. Pendant mes enquêtes, j’ai eu l’occasion de constater de nombreux exemples d’ex-membres rejetés par la société se livrer à des activités hors la loi, comme la vente d’amphétamines, le chantage, le vol, avec ou sans violence, ou encore l’escroquerie. Comme l’a indiqué M. Mataichi, exclure ces personnes de la société conduit à une recrudescence des délits.

Il faut souligner que ces ex-yakuza deviennent alors des délinquants sans foi ni loi. Tant qu’ils appartenaient à un clan, ils en respectaient les règles, comme par exemple ne pas vendre d’amphétamines aux mineurs et autres interdits. Les hors-la-loi qui les ont quittées deviennent dangereux car prêts à tout pour gagner de l’argent.

En incluant dans notre société les anciens membres de la pègre, ces problèmes disparaîtront. J’en suis convaincu. Tout simplement car l’étude menée en 1974 par l’Institut national de recherche de police scientifique montrait qu’un tiers de ces ex-yakuza avait réussi un vrai retour dans la communauté. Se débarrasser des mafieux n’est pas tout. Arrêtons de penser uniquement en ce sens. Faisons aussi comprendre l’importance d’accueillir de manière décente leurs anciens membres dans la communauté locale. Je pense qu’il sera difficile de parvenir à une société où règne vraiment la sécurité et la paix sans accepter que ces personnes prennent un nouveau départ dans leur vie.

(D’après un original en japonais du 4 décembre 2017. Photo de titre : Yoshi/PIXTA)