Le premier objectif de la réforme : doubler le nombre des adoptions plénières

Le gouvernement et l’administration japonais sont en train de s’attaquer aux problèmes posés par l’adoption. En 2016, la Loi sur la protection de l’enfance a été amendée de façon à renforcer le rôle des centres de protection de l’enfance dans la prévention de la maltraitance infantile et à leur permettre de mieux assurer leurs activités de conseil et d’aide auprès des parents.

En juin 2017, une commission d’experts du ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales a publié un « rapport sur la promotion du système des adoptions spéciales » qui a servi de base aux travaux du ministère de la Justice sur la révision du Code civil. Elle a recommandé de repousser la limite de l’âge de l’adoption au-delà de 6 ans et de restreindre le droit des parents biologiques à revenir sur leur consentement. L’objectif est de doubler le nombre des adoptions spéciales et de lui faire dépasser le millier au cours des cinq années à venir. Si ces amendements sont appliqués, ils constitueront la première révision importante du système des adoptions spéciales depuis sa mise en place en 1987.

Mais les changements proposés ne sont pas sans poser des difficultés. L’élévation de la limite d’âge pour l’adoption va en effet dans le sens contraire de l’objectif défini au départ par le système des adoptions spéciales. Et la réforme tend à gommer la distinction entre adoption « simple » et adoption « plénière ». Ces questions délicates doivent faire l’objet d’un débat approfondi et il faudra du temps avant que les amendements envisagés portent leurs fruits.

L’adoption, un moyen d’éviter la mort par maltraitance des nouveau-nés

L’urgence de la réforme du système des adoptions spéciales est également justifiée par l’aggravation du problème de la maltraitance infantile au Japon.

Environ la moitié des décès dus à des mauvais traitements recensés dans l’Archipel concernent des enfants de moins d’un an, souvent des nouveau-nés. Dans la plupart des cas, la mère – en général jeune et célibataire – porte atteinte à la vie de l’enfant chez elle, aussitôt après sa naissance. Confrontée à une grossesse non désirée et trop avancée pour donner lieu à un avortement et sans personne pour la conseiller, elle finit par recourir à la pire des solutions pour se sortir d’une situation dramatique.

Bien des jeunes vies seraient épargnées et des tragédies évitées si le système en place permettait de conseiller les femmes enceintes et de leur proposer l’adoption quand elles ne peuvent pas s’occuper de l’enfant. Jusqu’à présent, ce sont des associations privées qui ont joué le rôle de médiateur à cet égard. L’une d’elles, l’organisation non gouvernementale (ONG) « Florence », installée à Tokyo, est impliquée dans diverses formes d’action sociale, en particulier des garderies pour les petits malades. Elle propose aussi des consultations pour les grossesses non désirées et elle joue le rôle d’intermédiaire lorsque l’adoption plénière semble la meilleure solution pour la mère et l’enfant. Cette ONG examine les candidatures des parents adoptifs potentiels entre autres par le biais d’entretiens et de visites à domicile et elle demande aux couples concernés de suivre des cours de formation. D’après un des responsables de Florence, il faut commencer le processus de médiation le plus tôt possible. « Quand l’enfant est déjà passé par une institution, on a du mal à lui trouver une famille adoptive. Il faut donc que l’adoption se fasse dès la naissance. L’accompagnement de la mère durant la grossesse facilite aussi grandement la prise de décision. »

Au Japon, on désigne la pratique de l’adoption néonatale sous le nom de « méthode d’Aichi » parce la première fois qu’elle a été proposée, il y a trente ans, c’est par l’association des gynécologues-obstétriciens et les centres de protection de l'enfance de la préfecture d’Aichi. Cette méthode ne s’est pas répandue dans les institutions du reste de l’Archipel. Mais depuis quelque temps, 23 entités privées, y compris des hôpitaux et des ONG, l’ont reprise à leur compte et à l’heure actuelle, un tiers des adoptions à la naissance se font par leur entremise.