Comment éviter les adoptions précipitées et hasardeuses
Après la mise en application de la nouvelle loi, en avril 2018, l’ONG d’Osaka mentionnée plus haut a changé le contenu de son site Internet et elle est sur le point d’obtenir l’autorisation de reprendre ses activités. Sakaguchi Genta, son directeur, pense que les nouvelles directives définies par ce texte vont faciliter les choses. « La loi va faire disparaître les entités douteuses au profit de celles qui sont fiables. »
Mais les problèmes posés par l’ONG d’Osaka ne se limitent pas aux 2 millions de yens qu’elle a proposés par son site. Si les démarches en vue d’une adoption sont beaucoup plus rapides en ligne, elles sont aussi nettement plus difficiles à contrôler. L’ONG Florence de Tokyo et d’autres agences font tout leur possible pour ne pas précipiter le processus de l’adoption. La procédure, qui peut durer jusqu’à six mois, inclut de multiples rencontres avec les futurs parents adoptifs et les mères biologiques ainsi que la collaboration des autorités et des maternités. Les responsables d’autres agences d’adoption sont eux aussi préoccupés par l’adoption en ligne. Ils insistent sur le fait que leur premier objectif est non pas l’adoption en elle-même, mais la mise au monde de l’enfant par la mère en tout tranquillité. Pour eux, il faut absolument inclure des mesures d’aide sociale dans le processus de l’adoption afin de soutenir la mère biologique pendant la phase de décision et de trouver la meilleure solution pour elle et son bébé. Et ils ont le sentiment que c’est quelque chose que l’on peut difficilement faire en ligne.
Le cas d’une femme de Yokohama ayant accouché en avril 2017 et envisagé de faire adopter son enfant par le biais de l’ONG de Sakaguchi Genta illustre parfaitement le choix dramatique auquel sont confrontées les mères en difficulté. Celle de Yokohama ignorait l’identité du père de son enfant et elle craignait de ne pas pouvoir l’élever toute seule. Aux alentours du quatrième ou du cinquième mois de grossesse, elle a appris l’existence de l’adoption plénière et décidé de recourir à cette solution. Et puis deux semaines environ avant l’accouchement, elle a changé d’avis. Avec l’aide de ses parents, elle a rendu l’argent qu’elle avait reçu pendant qu’elle était enceinte. « Certaines femmes considèrent que l’adoption, c’est ce qu’elles ont fait de mieux pour leur enfant, alors que d’autres regrettent leur décision toute leur vie », explique la jeune femme. « Et j’aurais probablement fait partie de ces dernières. » Elle ajoute que l’amour qu’elle éprouve pour sa fille est un sentiment qu’elle n’avait jamais éprouvé jusque-là. Malgré sa décision finale, elle est reconnaissante d'avoir été rassurée par l'existence du système d’adoptions spéciales et des couples prêts à adopter son nouveau-né comme si c’était le leur. Elle est aussi pleine de gratitude pour le soutien dont elle a bénéficié durant sa grossesse.
Le rôle de l’adoption plénière est de venir au secours de jeunes enfants en danger de mort et d’assurer le meilleur avenir possible à leurs parents biologiques et adoptifs. Si le déroulement de cette procédure doit être indéniablement amélioré afin de permettre à davantage d’enfants d’en bénéficier, on doit aussi absolument éviter toute forme de précipitation et d’improvisation sous prétexte de confier un enfant à des parents adoptifs. Il faut espérer que la nouvelle loi fonctionnera comme prévu et qu’elle contribuera largement à optimiser le processus de l’adoption en mettant l’accent sur l’importance de l’aide sociale et des intentions des parents biologiques.
(D’après un article en japonais du 1er mars 2018. Photo de titre : PIXTA)